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Clarence Edgard-Rosa lance “Gaze”, une revue féministe célébrant la multiplicité des regards et récits féminins

La journaliste et autrice Clarence Edgard-Rosa vient de lancer une campagne de crowdfunding pour financer Gaze, une revue féministe bi-annuelle mettant en avant le “female gaze”.
Les photos de ces trois couvertures provisoires sont signées Lucile Boiron, Ulla Deventer et Jocelyn Lee, DR
Les photos de ces trois couvertures provisoires sont signées Lucile Boiron, Ulla Deventer et Jocelyn Lee, DR

Les photos de ces trois couvertures provisoires sont signées Lucile Boiron, Ulla Deventer et Jocelyn Lee, DR


Gaze, c’est la nouvelle revue féministe avec laquelle il va falloir compter. En quête de financements pour le premier numéro, sa fondatrice, la journaliste et autrice Clarence Edgard-Rosa, vient de lancer une campagne de crowdfunding sur Kiss Kiss Bank Bank. Pour en savoir davantage sur cette nouvelle parution qui sera disponible à l’automne prochain, on a lui a posé quelques questions.

Gaze, c’est quoi?

Gaze, c’est une revue féministe inclusive, qui célèbrera la diversité des regards féminins à travers des formats à la première personne -du récit intime au reportage en immersion. Ce sera une belle édition en français et en anglais, pour toucher le plus grand nombre, qu’on aura envie de garder longtemps et dont le contenu ne sera pas périmé au bout d’un mois. Elle sera entièrement pensée et faite par des femmes (c’est-à-dire s’identifiant comme telles). Gaze, c’est aussi un prix: une bourse d’études qui récompensera des jeunes talents, photographes et autrices, pour leur permettre de financer leurs études et de faire bouger à leur tour les lignes.

Pourquoi ce nom?

“Gaze”, en anglais, veut dire “regard”. Le choix du titre est une riposte au “male gaze”, le regard masculin qui a si longtemps forgé nos imaginaires et pour lequel nous avons aujourd’hui un besoin brûlant d’alternatives! J’ai toujours aimé lire et voir des récits situés: savoir qui parle et d’où cette personne parle (quel est son parcours, son milieu, son univers?) est passionnant car cela permet de ne pas recueillir une information désincarnée et normative, mais d’écouter des femmes raconter leur prisme à elles sur le monde. Dans Gaze, il y aura donc du reportage incarné, du témoignage, du billet d’humeur, des portfolios de photographes qui se racontent dans leurs images, du récit intime… C’est une manière de prendre le pouls de la place qu’occupent dans la société des femmes différentes de soi.

Pourquoi t’es-tu lancée?

Ce projet, je le porte dans mon cœur et dans mes tripes depuis des mois. Il a commencé à naître dans ma tête quand j’ai quitté la rédaction de Causette, j’avais besoin qu’il n’y ait pas une seule alternative à la presse féminine traditionnelle mais plein! Et puis, j’avais une furieuse envie de faire cohabiter sur les mêmes pages des vieilles et des jeunes, des grandes signatures et des débutantes… et que le projet que je monte n’ait pas de vie que sur du papier, mais aussi dans la vraie vie.

Clarence Edgard-Rosa lance “Gaze”, une nouvelle revue qui célèbre le female gaze

DR

De qui t’es-tu entourée pour ce premier numéro?

J’ai la chance de travailler sur ce lancement avec trois femmes géniales. Juliette Gabolde, directrice artistique de choc; Tiphaine Guéret, super spécialiste communication et réseaux sociaux; et Laura Lafon, brillante iconographe qui collabore d’ailleurs aussi avec le magazine Causette. Dans le premier numéro comme dans les suivants, nous ferons intervenir des collaboratrices différentes à chaque fois, en texte comme en image.

Chaque année, Gaze remettra un prix, peux-tu nous expliquer qui il récompensera?

Depuis le début de ma carrière de journaliste, je suis effarée de constater l’absence totale de diversité -de parcours, de points de vue- dans les rédactions. Dans chaque domaine, les chefs ont tendance à recruter des gens qui leur ressemblent, mais notre milieu est encore plus emprunt de cooptation que les autres. Et c’est un problème car nous sommes censé·e·s refléter le réel. Étant prof en école de journalisme, je vois aussi beaucoup de jeunes femmes mettre en sourdine leur singularité pour se conformer à ce qu’elles pensent que l’on attend d’elles, et tout ça tend vers une uniformisation des plumes, des images et des regards que je trouve regrettable. Et puis, quand j’étais plus jeune, je n’ai pas eu la possibilité de me payer une école à 8000 euros l’année, j’ai donc du chercher des plans A, B, C pour accéder à ce métier et j’ai bien vu que lorsqu’on doit travailler à côté de ses études, on est ralenti·e dans sa trajectoire. Pour aller au bout du projet Gaze, j’ai voulu proposer une bourse d’études pour permettre à des jeunes photographes et autrices de moins de 30 ans d’accéder à ces formations et in fine, aux rédactions. Chaque année, on ouvrira un appel à projets -le premier s’ouvrira après l’opération de crowdfunding!-, et elles pourront soumettre un reportage incarné. Un jury d’artistes, photographes et autrices choisira les deux lauréates qui obtiendront une bourse de 5000 euros chacune pour se former. Leur travail sera publié dans le numéro suivant.

Quand aura-t-on le plaisir d’avoir le premier numéro de Gaze entre les mains?

À l’automne 2020! Si notre opération de crowdfunding est un succès, le premier numéro sur lequel nous travaillons sortira en octobre et la première édition de la bourse aura lieu en même temps.

Propos recueillis par Julia Tissier


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Les photos de ces trois couvertures provisoires sont signées Lucile Boiron, Ulla Deventer et Jocelyn Lee, DR - Cheek Magazine
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