société

Va-t-on désormais parler de “génération Covid”?

La récession engendrée par la pandémie heurte de plein fouet les étudiant·e·s arrivant sur le marché du travail et des jeunes actif·ve·s, au point de faire émerger ce qu’on appelle d’ores et déjà la “génération Covid”.
© Anna Shvets/Pexels
© Anna Shvets/Pexels

© Anna Shvets/Pexels


Génération attentats, génération climat et maintenant génération Covid. Depuis quelques années, les étiquettes pour désigner la jeunesse se multiplient. La pandémie n’échappe pas à la règle. Et pour cause: “Les générations ont des identités liées aux événements majeurs qu’elles ont vécus, rappelle Monique Dagnaud, autrice de l’ouvrage Génération Y (2012), en évoquant la génération d’après-guerre et la génération mai 68. Je pense que la crise sanitaire est une expérience suffisamment importante pour que l’on parle à l’avenir de génération Covid, celle qui dans sa jeunesse a subi cette période d’arrêt, puis de crise économique.

 

“Incertitude totale”

Or tout semble indiquer que la récession impactera tout particulièrement les jeunes, qui, à la sortie des études, étaient déjà deux tiers à occuper des emplois précaires. L’entrée sur le marché du travail s’annonce plus épineuse que jamais. En dernière année d’études, Justine, 29 ans, fait part d’un sentiment d’incertitude totale sur le plan professionnel: J’avais un projet à l’étranger en fin d’année qui a été mis en standby. J’ai un peu peur de ce que donneront ces prochains mois, s’il y aura une deuxième vague…Selon une étude du site de recrutement JobTeaser publiée en avril, un quart des entreprises françaises ont complètement interrompu les recrutements et 19% des 18-28 ans ont perdu leur stage, alternance ou CDI suite à la crise. Même tendance au niveau mondial: “La crise du Covid‑19 touche les jeunes de manière plus rapide et plus grave: il est urgent d’agir pour éviter l’émergence d’une ‘génération du confinement’”, a récemment alerté l’Organisation mondiale du travail

Bien sûr, cette génération est loin d’être homogène et les conséquences des bouleversements en cours sur leur avenir dépendront largement du niveau de diplôme et du milieu social. “Les difficultés d’insertion sur le marché du travail, cela fait 10-15 ans que ce sont les mêmes jeunes qui les subissent (les moins diplômé·e·s, les décrocheur·ses), fait remarquer Monique Dagnaud. La crise ne fait qu’amplifier un phénomène déjà existant.

 

“Boomer remover” 

Si l’expression “génération sacrifiée” n’est pas neuve, elle prend aujourd’hui une ampleur nouvelle. Pour Sandra Hoibian, directrice du Pôle Évaluation et Société au Crédoc, “l’attention de la société a été focalisée sur une maladie qui touche majoritairement les personnes âgées. Pour cela, on a demandé aux jeunes de sacrifier une partie de leur jeunesse. C’est presque un renversement par rapport à mai 68, où ce sont les jeunes qui avaient mobilisé le débat public”. D’ailleurs, ceux·lles-ci sont sans doute “la catégorie de la population à avoir le plus souffert de la privation de libertés pendant le confinement, car c’est une période, pour les moins de 30 ans, où l’on se construit et où la socialisation est cruciale, poursuit-elle.

On a l’impression d’avoir une partie de nos ‘plus belles années’ un peu gâchée ou sacrifiée.

Une épreuve qui a particulièrement affecté les étudiant·e·s: entre le casse-tête des partiels et une réouverture des universités en septembre qui s’annonce laborieuse, ceux·lles-ci ne sont pas près de retrouver leur vie d’avant. On a l’impression d’avoir une partie de nos ‘plus belles années’ un peu gâchée ou sacrifiée, soupire Julie, 20 ans, étudiante à l’ESCP business school. J’ai travaillé dur pendant deux ans en prépa pour pouvoir intégrer une école et profiter enfin d’une vraie vie étudiante. Malheureusement, beaucoup d’événements ont été annulés et la reprise de notre vie associative ne sera pas pour tout de suite. Par rapport à la génération de nos parents, nous avons une jeunesse moins insouciante.

Ce fossé entre les générations a culminé à travers l’expression “boomer remover” (“exterminateur de baby-boomers”), surnom donné au virus par les plus cyniques sur les réseaux sociaux. Pourtant, malgré ce trait d’humour noir devenu viral, la tendance est plutôt au renforcement des valeurs familiales et des gestes de solidarité, observe Monique Dagnaud: “La crise actuelle ne fait qu’accentuer la disparité entre le renforcement de l’institution de la famille et une méfiance vis-à-vis des institutions centrales, en particulier du gouvernement. Malgré les inégalités entre le destin des générations, il n’y a jamais eu autant de solidarité entre elles.

 

Prise de conscience générationnelle 

Finalement, ce rapprochement entre les générations renforce l’impression d’un événement vécu et partagé par l’ensemble de la société, au point d’inclure dans la “génération Covid” toutes les tranches d’âge -à l’image du site Génération Covid, qui regroupe plus de 150 témoignages signés aussi bien par des étudiant·e·s que des retraité·e·s. Ce qui pourrait expliquer pourquoi les jeunes -qui se sont en plus senti·e·s moins menacé·e·s par la maladie vu le taux de mortalité plus faible– ne s’identifient guère à cette étiquette, du moins pour l’instant. “Cette expression m’en rappelle une autre: génération Sida. Je trouve qu’aucune des deux en dit beaucoup sur les générations concernées, estime Julie. Une position partagée par Lily, 30 ans, directrice de production: “Je ne m’y identifie pas du tout. Le Covid a aussi eu un impact sur les retraité·e·s, sur les enfants qui vivent l’école à distance, bref sur toutes et tous.Dans l’immédiat, il semble peu probable qu’une telle prise de conscience générationnelle se concrétise chez les jeunes, confirme le sociologue Olivier Galland dans un article consacré au sujet. Pour cela, il faudra attendre que les conséquences économiques et sociales de la crise se fassent ressentir. “Le réveil risque d’être brutal, anticipe-t-il, et il n’est pas exclu qu’à ce moment-là, on puisse assister à l’éveil d’une forme de conscience générationnelle.

Difficile de dire aussi si la période actuelle est ce qui, rétrospectivement, aura le plus marqué les 18-30 ans. Peut-être ne fait-elle qu’exacerber un sentiment de peur et d’incertitude déjà bien présent: “Ce qui est certain, c’est que cette crise va avoir un impact parce qu’elle s’articule avec d’autres événements menaçants: la maladie, le terrorisme, mais aussi et surtout la menace de l’effondrement liée au changement climatique, que beaucoup de jeunes perçoivent comme imminent, appuie Sandra Hoibian. C’est une génération de plus en plus convaincue que demain ne sera pas meilleur qu’aujourd’hui.

Sophie Kloetzli


1. Minou Sabahi met les saveurs de ses voyages dans nos assiettes

A 32 ans, la cheffe franco-iranienne Minou Sabahi s’est installée au début de l’été en résidence chez Fulgurances à l’Entrepôt, lieu de vie culturel du 14ème arrondissement de Paris.
© Anna Shvets/Pexels  - Cheek Magazine
© Anna Shvets/Pexels

3. Sur Instagram, la nouvelle génération de militant·e·s mène le combat antiraciste

Depuis quelques mois, un vent de militantisme souffle sur le réseau social adulé des 15-25 ans, où la lutte contre le racisme avance à coups de hashtags, de témoignages et d’analyses politiques de l’histoire ou de l’actualité.
© Anna Shvets/Pexels  - Cheek Magazine
© Anna Shvets/Pexels

4. Célibataire et quadra, elle raconte son chemin vers la maternité dans un livre

Dans le livre témoignage Allers-retours pour un bébé en librairies le 17 septembre, Audrey Page relate pourquoi et comment elle a choisi de dissocier désir d’enfant et couple. Mère à 41 ans d’une petite fille née par PMA, elle revient sur les épreuves de son parcours et interroge la conception classique de la famille et des relations amoureuses.
© Anna Shvets/Pexels  - Cheek Magazine
© Anna Shvets/Pexels

5. Avec “Les Joueuses”, Julie Gayet célèbre les footballeuses de l’Olympique Lyonnais

En salles le 9 septembre, le documentaire Les Joueuses propose un regard inédit sur les footballeuses de l’Olympique Lyonnais. On a discuté sexisme dans le monde du ballon rond, égalité salariale et visibilité des sportives avec la productrice du film, Julie Gayet.
© Anna Shvets/Pexels  - Cheek Magazine
© Anna Shvets/Pexels

6. La cheffe Alessandra Montagne va ouvrir Nosso, un resto locavore et anti-gaspi

La cheffe d’origine brésilienne Alessandra Montagne inaugure en octobre un nouveau restaurant parisien, Nosso -qui signifie “nous” en portugais- baigné de lumière, dans son arrondissement parisien de cœur, le 13ème. Une aventure collective, qu’elle raconte dans notre interview “Top Cheffe”.
© Anna Shvets/Pexels  - Cheek Magazine
© Anna Shvets/Pexels

7. Covid-19: comment la pandémie redessine nos vies amoureuses

Rapprochement, rupture, et nouveaux modes de drague: petit état des lieux amoureux post-confinement, à l’heure où se rouler des pelles en public devient un acte quasi politique.
© Anna Shvets/Pexels  - Cheek Magazine
© Anna Shvets/Pexels