société

Son docu suit des jeunes juif·ve·s et musulman·e·s qui veulent vivre ensemble en France

Le deuxième film d’Hanna Assouline, À notre tour, est diffusé ce 2 mai sur Public Sénat. Il suit un groupe de jeunes qui veulent détruire les barrières entre les communautés juive et musulmane françaises. À ne pas manquer.
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Hanna Assouline a 30 ans et semble bien décidée à poursuivre son œuvre de rapprochement entamée avec son premier documentaire Les Guerrières de la paix, qui racontait l’histoire de femmes israéliennes et palestiniennes membres du mouvement Women Wage Peace. Avec À notre tour, la jeune femme a cette fois posé sa caméra en France, son pays, pour suivre l’initiative du groupe Salam Shalom Salut issu de SOS Racisme, et de ses membres décidé·e·s à lutter contre les stéréotypes qui dégradent les relations entre les communautés juive et musulmane en France. “Le choix de cette thématique s’inscrit dans la continuité de ce premier travail sur les femmes israéliennes et palestiniennes. Le conflit israélo-palestinien a longtemps été le nom et le miroir des tensions qui ont opposé les communautés ici en France. Pour ma génération particulièrement, cela a été très fort. Évidemment de nombreuses autres sources de tensions existent et le film en parle d’ailleurs. Mais ce qui guide mon envie de faire ces deux films provient de la même source. La volonté de mettre en lumière ces combats porteurs d’espoir, et de montrer que le dialogue et la connaissance de l’Autre sont la clé de tout. Lorsque j’ai entendu parler de cette initiative que souhaitait mener SOS Racisme je me suis dit qu’il fallait suivre ces jeunes et relayer leur combat.” Son film sera diffusé ce samedi 2 mai à 21h sur Public Sénat, et il est à voir absolument en ce week-end confiné. Interview express.

 

À quelques heures de la diffusion de ton film, es-tu stressée des réactions qu’il va susciter?

Lorsqu’on aborde ces thématiques, on sait qu’on prendra sûrement des coups. Donc bien sûr je m’attends à ce que cela suscite des réactions. Ce que j’espère surtout, c’est que ce film fasse réfléchir, provoque des débats et qu’il puisse s’inscrire dans la continuité de ce qui est au cœur de l’initiative de ces jeunes. Quitte à entendre des choses désagréables, à se fâcher, pourvu qu’on se parle! Il y a aussi une chose fondamentale qui me rend assez sereine et me permettra d’aborder les éventuelles critiques avec une certaine confiance: je sais la sincérité de ces jeunes et de ces échanges, je n’ai pas cherché à édulcorer quoi que ce soit et j’ai essayé de restituer cette vérité dans le film. Je crois par ailleurs que ce qui l’emporte malgré tout est une grande bienveillance et beaucoup d’espoir.

As-tu eu du mal à faire financer ce film?

Oui, les maisons de production ont eu de grandes difficultés à trouver des financements. Cela avait déjà été le cas avec mon premier film pour lequel j’avais dû mener une campagne de financement participatif sur Internet. Pour deux raisons assez semblables je crois. Une grande frilosité à aborder des sujets explosifs, “touchy” comme on dit, et aussi, je crois, une forme de cynisme qui consiste à penser que les initiatives positives n’intéressent personne et que seuls les clashs sont vendeurs.

“Leurs histoires individuelles se confondent avec la grande Histoire et il s’agit bien de l’histoire de la France.”

Comment expliques-tu que les liens entre juifs et musulmans se soient desserrés à ce point?

Pour faire une réponse complète, il faudrait repartir de la grande Histoire de ces deux communautés; la vie aux Maghreb entre juifs et musulmans mais aussi l’Histoire de leur immigration en France, les répercussions du conflit israélo-palestinien et les influences néfastes des extrémismes et communautarismes de tous bords qui ont soufflé sur les braises. Ce que je constate en France c’est que “les juifs et les arabes” se retrouvent toujours au cœur des conflits qui agitent le pays et cristallisent de nombreuses passions et fantasmes. Comme si ces identités “périphériques” avaient quelque chose à nous dire sur ce qu’est le cœur de notre pays. La Shoah, le colonialisme, l’histoire de l’immigration. Leurs histoires individuelles se confondent avec la grande Histoire et il s’agit bien de l’histoire de la France.

Es-tu optimiste pour ta génération?

Oui. La période que nous traversons est particulièrement déprimante et je crois que nous avons plus que jamais l’occasion et l’envie aussi de penser ensemble le monde de demain. Ces jeunes nous montrent que rien n’est figé et que même lorsque l’on pourrait être tenté de baisser les bras face à l’ampleur des préjugés et de la méconnaissance des uns et des autres, il existe toujours un chemin. Lorsque l’on voit à quel point de simples rencontres, la possibilité de se mettre à la place de l’autre, d’entendre ses souffrances, et de pouvoir mettre un nom et un visage sur des fantasmes désincarnés peut ébranler les certitudes les plus profondes, on se dit qu’il y a du boulot; mais non seulement c’est possible mais c’est indispensable de le faire ensemble. L’évolution personnelle des protagonistes de ce film en témoigne. Et je dois dire qu’il y a aussi des gens qui rendent optimistes d’une manière générale sur l’humanité. Ces jeunes plein·e·s de vérité et de lumière mais aussi toutes ces personnes de terrain, profs, éducateur·trice·s etc. Ces vrais héros et héroïnes qui œuvrent tous les jours, sous payé·e·s, peu considéré·e·s, font à leur échelle bien plus que tous les grands discours.

Propos recueillis par Myriam Levain

Diffusion le 2 mai sur Public Sénat à 21h.


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