société

Interview

“What The Foot?!”, le projet photo qui s'intéresse à l'empowerment des femmes par le foot

Avec le collectif Huma, Virginie Nguyen Hoang parcourt le monde et raconte l’histoire de celles qui ont trouvé dans le football un moyen de s’émanciper.
Une jeune joueuse en Côte d'Ivoire ©Olivier Papegnies
Une jeune joueuse en Côte d'Ivoire ©Olivier Papegnies

Une jeune joueuse en Côte d'Ivoire ©Olivier Papegnies


L’association Fútbol Militante qui lutte en Argentine pour la réappropriation de l’espace public par les femmes, les Dégommeuses, en France, qui ont pour objectif de lutter “contre le sexisme, les LGBT-phobies, et toutes les discriminations”, ou encore le centre sportif Olympafrica de Soubré, en Côte d’Ivoire, grâce auquel 30 jeunes filles s’entraînent… Voilà quelques-unes des initiatives que promet d’explorer What The Foot?!, un projet de reportage photographique porté par le collectif belge Huma, qui devrait voir le jour en juin prochain, au moment du coup d’envoi de la Coupe du Monde féminine de football.

Avec Huma, nous travaillons à plusieurs photojournalistes, photographes et rédacteur·rice·s sur des sujets sociaux, humains, explique Virginie Nguyen Hoang, cofondatrice de ce groupe de travail. On raconte les histoires de celles et ceux à qui la parole n’est pas donnée en général.” Pour appuyer ses propos, cette Belge de 31 ans cite Je suis humain, l’exposition photo qu’elle et ses collègues ont réalisée l’année dernière pour faire évoluer l’image des réfugié·e·s et demandeur·se·s d’asile, “qui ne sont pas forcément misérables, enfermé·e·s dans des centres, et qui s’intègrent parfois très bien”. Autre exemple: les European Special Olympics Games, une très belle série de photos consacrée aux Jeux Olympiques pour athlètes atteints de déficience mentale, publiée en 2014.

Depuis cet été, c’est au foot féminin et à l’empowerment qu’il peut représenter pour les femmes aux quatre coins du monde, que Virginie Nguyen Hoang a choisi de s’intéresser avec ses collaborateur·rice·s. Rien d’étonnant pour celle qui pratique ce sport depuis maintenant 15 ans. “What The Foot, c’est la contraction de l’expression ‘What the fuck’, qui exprime de la surprise, et de football, explique-t-elle. C’est un clin d’œil à l’étonnement généralement suscité par le bon niveau de certaines joueuses de foot.” Nous lui avons posé cinq questions pour en savoir davantage sur ce projet ambitieux, que vous pouvez soutenir en participant à la cagnotte Ulule.

Justine, joueuse des Red Cougs à Bruxelles, ©Frédéric Pauwels

Comment est né What the Foot?!?

Tout a débuté au moment où Frédéric Pauwels (Ndlr: photojournaliste, cofondateur du collectif HUMA) a assisté à l’un de mes matchs. Il s’est dit que mon équipe, composée exclusivement de femmes, pouvait constituer un bon sujet de reportage, et a commencé à nous suivre lors de nos rencontres sportives, ainsi qu’en dehors du terrain, dans les activités et sorties que nous organisions entre nous. Laure Derenne, notre rédactrice, s’est greffée au projet, et très rapidement, en discutant du sexisme du monde du ballon rond avec les joueuses étrangères, originaires de France, d’Italie ou d’Espagne qui font partie du groupe, nous avons eu envie d’élargir notre travail au football féminin en général. 

Quel est votre objectif?

Nous voulons raconter comment la pratique de ce sport peut être un vecteur d’émancipation. Dans certains pays, avoir un bon niveau de football, équivalent, voire meilleur que celui des hommes, peut aider les femmes à s’affirmer, à prendre le dessus, à exiger le respect et à braver l’interdit. En Iran, celles qui ont gagné l’autorisation d’entrer dans les stades sont un bel exemple de contestation du rapport hommes-femmes qui y existe. C’est vraiment l’aspect positif, ce que peut apporter cette pratique aux femmes, que nous désirons mettre en avant.

Où en est le projet aujourd’hui?

Nous avons commencé la production. Huma suit mon équipe depuis plus d’un an, et de mon côté, je me suis intéressée à la seule équipe entièrement féminine de personnes handicapées mentalement de Belgique. Deux membres du collectif sont partis en Jordanie, d’autres en Palestine, un départ est bientôt prévu pour l’Iran et l’Argentine, et je m’envole dans quelques jours pour l’Égypte, avec pour objectif de suivre des femmes qui pratiquent ce sport dans un quartier populaire. Nous envisageons d’autres pays, mais nos voyages seront conditionnés par notre budget.

© Johanna De Tessieres

Comment avez-vous sélectionné les histoires que vous souhaitez raconter?

Géographiquement, il nous semblait indispensable d’explorer des territoires hors d’Europe. Nous avons donc choisi un ou plusieurs pays sur chaque continent. Concernant nos personnages, nous avons effectué énormément de recherches cet été pour trouver des récits qui sortent de l’ordinaire, et qui recoupent plusieurs profils différents, de femmes joueuses, de coachs, d’arbitres, et de supportrices.

En tant que joueuse, as-tu l’impression que la situation évolue?

Je pense que les choses s’améliorent, oui. Pour parler de la Belgique, il y a 15 ans, il était impossible de trouver une équipe féminine si tu avais moins de 14 ans. J’entendais également pas mal de remarques du genre “Le foot c’est un sport de gars”, ou “C’est trop violent pour les filles”. Aujourd’hui, une jeune qui tape dans le ballon, ça surprend moins. Par contre, quand on sort du milieu amateur, les inégalités sont encore bien présentes. Il n’y a qu’à regarder les différences de salaire entre les pros. Les femmes ont d’ailleurs du mal à accéder à ce statut et à vivre de leur sport. Idem pour les infrastructures: les hommes ont la priorité sur les terrains et les vestiaires. Et malheureusement, nous avons pu constater sur les réseaux sociaux, en lançant notre projet, que quelques préjugés sont toujours bien ancrés, comme le fait de considérer les joueuses forcément comme des gouines à l’allure de camionneuses…

Propos recueillis par Margot Cherrid 


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