société

Violences faites aux femmes

Inna Modja, marraine de la nouvelle Maison des Femmes de Saint-Denis

Inna Modja a inauguré la Maison des Femmes, ouverte à Saint-Denis par la charismatique gynécologue Ghada Hatem-Gantzer.
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Le 1er juillet dernier, une Maison des Femmes a ouvert ses portes dans l’enceinte de l’hôpital Léo Delafontaine à Saint-Denis (93). Cette bâtisse colorée de 250 mètres carrés est un lieu dédié aux femmes victimes de violences (violences sexuelles, conjugales, psychiques etc), une première en France. Le projet mené d’une main de maître par la gynécologue Ghada Hatem-Gantzer a réuni toutes les bonnes volontés ainsi que des fonds publics et privés par le biais de grandes fondations d’entreprises souvent présentes au CAC 40. Une cinquantaine de femmes pourront y être reçues, chaque jour, dans un premier temps. Des personnels qualifiés proposent des consultations idoines à chaque problématique (viol, grossesse non désirée, inceste, excision, mutilations sexuelles etc).

Si aucun acte chirurgical ne sera pratiqué dans la Maison (ils seront faits au service gynécologie de l’hôpital), les IVG médicamenteuses y seront effectuées et des chirurgiens spécialisés dans la reconstruction du clitoris assureront des consultations plusieurs fois par semaine. La chanteuse, mannequin et actrice malienne Inna Modja a accepté d’être la marraine de ce lieu atypique où l’accent a aussi été mis sur le beau et la décoration intérieure. L’artiste, depuis longtemps engagée contre l’excision, a répondu à nos questions.

Pourquoi avoir accepté d’être la marraine de la Maison des Femmes de Saint-Denis?

Ghada (Ndlr: la gynécologue à l’origine du projet) m’a contactée en me parlant de ce projet incroyable pour lequel elle s’est battue et est allée chercher l’argent. J’ai tout de suite trouvé chez cette gynécologue des qualités de leader qui m’ont plu. Nous sommes deux fortes personnalités et nous nous sommes retrouvées sur nos combats. La Maison des Femmes va permettre de rendre de la dignité à des femmes qui en ont besoin, c’est une sorte de refuge pour elles. Il faut imaginer ce lieu comme un outil qui peut aider les victimes à sortir de situations terribles. L’endroit répond également à des problématiques spécifiques traitées par des professionnels formés.

Vous militez depuis longtemps contre l’excision et pour la réparation du clitoris…

Tout à fait. Je suis impliquée depuis plus de quinze ans dans la lutte contre l’excision, dont j’ai été moi-même victime à l’âge de 5 ans. J’ai témoigné à ce titre au siège de l’ONU à New York. Il faut savoir que les Nations Unies ont un programme et des objectifs très clairs en ce domaine: l’excision ne doit plus exister en 2030. Ceci dit, il y a encore du boulot, croyez-moi…

Que faire pour que l’égalité entre les hommes et les femmes progresse?

On ne peut, certes, pas tout faire en une fois. Il faut multiplier les initiatives comme celle de la Maison des Femmes. Ghada milite à son échelle, comme je l’ai fait avec un projet musical, vidéo et photo appelé Dans la peau de Marylore (Ndlr: des personnalités se sont fait tirer le portrait avec des traces de coups sur le visage pour sensibiliser aux violences). Chacun doit y mettre du sien et personne ne doit fermer les yeux. Ça semble fou d’avoir à dire cela encore en 2016! Mais trop souvent la honte et la peur sont du côté des victimes, et ce n’est pas normal. L’individualisme de nos sociétés actuelles fait qu’on ne tend plus la main pour aider ou se faire aider. Le moment est venu que ça change.

Propos recueillis par Servane Philippe


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