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Sur Instagram, la nouvelle génération de militant·e·s mène le combat antiraciste

Depuis quelques mois, un vent de militantisme souffle sur le réseau social adulé des 15-25 ans, où la lutte contre le racisme avance à coups de hashtags, de témoignages et d’analyses politiques de l’histoire ou de l’actualité.
Capture d'écran de “Dear White People”
Capture d'écran de “Dear White People”

Capture d'écran de “Dear White People”


Le décès de George Floyd, asphyxié le 25 mai dernier par un policier blanc à Minneapolis, a ravivé lattention portée aux violences policières et plus largement au combat antiraciste, jusquen France où le mouvement Black Lives Matter sest exporté. En parallèle des manifs, les réseaux sociaux ont pris une tournure plus politique que jamais. Sur Instagram, où les hashtags #BlackOutTuesday et #BlackLivesMatter ont abondé, mais aussi sur TikTok, qui a vu les hommages à George Floyd et les conseils pour aller manifester se multiplier. Lancé par une internaute (@bigmammaofficial) sur ces deux plateformes, le challenge Check your privilege” –Baisse un doigt si tu as déjà été victime dune insulte raciale, si tu as déjà eu peur quand tu croises la police”, etc.- est quant à lui devenu viral. Sans compter la politisation, à ce moment-là, de certaines influenceuses mode et beauté qui ont pris la parole pour soutenir les mobilisations, à linstar de Lena Mahfouf (2 millions dabonné·e·s) qui a publié sur IGTV une vidéo expliquant limportance de reconnaître son privilège, de s’éduquer et de signer des pétitions. 

 

Un terrain favorable à lantiracisme

Pour Judith Lussier, autrice de On peut plus rien dire: le militantisme à l’ère des réseaux sociaux (2019), cet élan de militantisme en ligne va de pair avec la progression des contenus politiques sur Instagram depuis quelques années. De plus en plus, lapplication au logo rose et orange offre un espace dexpression alternative aux médias traditionnels, où des concepts comme le privilège blanc peuvent émerger et prendre de lampleur dans le débat. Ce sont des idées qui, avant, auraient été confinées au milieu universitaire parce que les médias sont encore majoritairement blancs. Grâce aux réseaux sociaux, un plus large public peut les découvrir et y adhérer”, poursuit-elle. Cest notamment le cas de @la.charge.raciale, qui popularise une notion encore peu connue, théorisée par l’universitaire Maboula Soumahoro (désignant le fait, pour les personnes racisées, de devoir constamment penser à adapter son comportement, à ne pas dire vraiment ce que l’on pense en présence de personnes blanches). Les gens semparent du sujet et ont moins peur den parler quavant. Il y a deux ans, je naurais jamais pensé que je serais aussi écoutée, explique Lou, 24 ans, à lorigine de ce compte. Diplômée de sciences politiques, cette “asioféministe adoptée”, comme elle se définit sur le réseau social, est déjà suivie par 14000 abonné·e·s. 

 

 
 
 
 
 
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(ENGLISH BELOW) Aujourd’hui dans un nouveau témoignage, on aborde l’épineuse question de la charge raciale au sein d’un couple hétéro. Le couple, entité que l’on pense intrinsèquement intime, est en réalité l’une des cellules sociales les plus politiques tant des rapports de force peuvent s’y opérer quand l’une des personnes est racisée et l’autre non. Ce témoignage montre bien que malgré toute la bonne volonté du monde de la personne blanche dans le couple, relationner avec une personne blanche quand on ne l’est pas peut être d’une violence sourde et pourtant inouïe. Devoir expliquer le racisme dans son intimité, justifier son identité, se heurter à de l’incompréhension, et finalement, ne jamais être autorisé.e à “baisser sa garde” dans le cadre d’une relation amoureuse peut être extrêmement périlleux pour l’équilibre mental. Today, in a new story, the tricky issue of racial burden in a heterosexual relationship is addressed. The couple, an entity that is thought to be intrinsically intimate, is in fact one of the most political social cells, since power relations can arise when one person is a person of color and the other is not. This story clearly shows that despite all the good will of the White person in the couple, being in a relationship with a White person when one is not can be deafly violent and yet unheard of. Having to explain racism in one’s intimacy, justifying one’s identity, be misunderstood, and finally, never being allowed to « lower one’s guard » in an intimate relationship can be extremely perilous for one’s mental health. “My ex was Portuguese, and I’m Black. At first everything was going well and then we started talking about deeper, more personal stuff so I ended up talking to him about my insecurities as a Black French woman. It was all the more complex as the people who surround me are mostly White, so I don’t have any close friends to share my daily life and the micro aggressions. And then my boyfriend with the best will in the world, thinking he was supporting me, said « I understand you, I’m Latin and I’m also discriminated”. It took me several months to end our relationship, trying to explain to him that no, just because he had

Une publication partagée par CHARGE RACIALE/RACIAL BURDEN (@la.charge.raciale) le

 

Déconstruire le racisme dans tous les pans de la société

Aux côtés des figures françaises de la lutte antiraciste comme Rokhaya Diallo, Assa Traoré ou Grace Ly -par ailleurs aussi actives en ligne- une nouvelle génération de militants 2.0 sest ainsi levée, portée le plus souvent par des anonymes. Avec des spécialités et des des objectifs de plus en plus pointus et diversifiés -des discriminations sur les sites de rencontres (@pracisees_vs_grindr) à l’écologie décoloniale (@jeremybcn_) en passant par lafroféminisme (@tetonsmarrons)-, mais toujours le même objectif: sensibiliser. La majorité des personnes blanches cherchent à s’éduquer pour savoir comment contribuer à la lutte antiraciste, et la majorité des personnes racisées sont dans une recherche dempowerment, de connaissance de leur histoire et de la reconnaissance de leurs expériences, détaille Frank, 36 ans, derrière le très suivi @decolonisonsnous (144 000 abonné·e·s). Sa mission est double: Déconstruire lhéritage post-colonial de linconscient collectif et proposer une introduction à lantiracisme politique, en sattaquant à des violences et des discriminations dites systémiques.

 

Des idées qui dérangent 

Une démarche qui rencontre encore beaucoup de résistances, parfois violentes. “Jai subi une grande vague de haine sur mon ancien compte, un cyberharcèlement qui a duré deux jours avec des centaines dinsultes et de messages privés racistes qui a entraîné la censure de mes posts, raconte Fanny, 17 ans, qui alimente le compte @Stop_asiaphobie2 dédié à la lutte contre la banalisation du racisme anti-asiatique en France (la première version du compte a été piratée il y a un an). Et elle nest hélas pas la seule. Pour Lou, cest bien le signe que ces idées dérangent. Lantiracisme, et notamment lidée de privilège blanc, heurte beaucoup les gens car il remet en cause toute une construction nationale et les idéaux républicains dans lesquels on baigne depuis quon est tou·te·s petit·e·s, analyse-t-elle. Aujourdhui, on peut se dire féministe sans trop se faire taper dessus, cest plus facile quavant. Ce nest pas encore le cas pour lantiracisme.Dans un récent post, elle aborde justement la difficulté de préserver sa santé mentale quand on milite sur les réseaux.

Alors face à ceux·lles qui seraient tenté·e·s de confondre le militantisme en ligne avec un engagement un peu mou -le fameux slacktivisme”-, Judith Lussier rappelle que ces personnes se font beaucoup critiquer et reçoivent beaucoup de violence, et en dépit de ça trouvent quand même le courage de continuer”. Et Lou, que sils contribuent à faire évoluer les mentalités, les réseaux sociaux ne sont pas une fin en soi, mais complémentaires avec dautres formes daction-elle-même est dailleurs engagée dans des collectifs antiracistes. À l’origine du compte @tetonsmarrons, Ntumba Matunga, 25 ans, conclut pour sa part: Nous, les créateur·rices de comptes militants, sommes parvenus à faire du militantisme une chose commune à presque tout le monde. Une première victoire en soi.

Sophie Kloetzli


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