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Avec “Les Joueuses”, Julie Gayet célèbre les footballeuses de l’Olympique Lyonnais

En salles le 9 septembre, le documentaire Les Joueuses propose un regard inédit sur les footballeuses de l’Olympique Lyonnais. On a discuté sexisme dans le monde du ballon rond, égalité salariale et visibilité des sportives avec la productrice du film, Julie Gayet.
© Céline Nieswaser
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Ce qui m’a marquée, c’est leur courage: elles sont toutes passées par des moments difficiles, on le sent et on le voitElles ne lâchent rien.” C’est avec une certaine admiration que Julie Gayet évoque le destin des footballeuses de l’Olympique Lyonnais, porté à l’écran dans le documentaire Les Joueuses, qu’elle produit et qui sort en salles le 9 septembre. “Le club de l’OL a été précurseur, raconte la fan insoupçonnée de ballon rond. Très tôt, son Président Jean-Michel Aulas a décidé de développer le football féminin et d’y mettre les moyens, à une époque où beaucoup trouvaient cette discipline inappropriée.”

La réalisatrice Stéphanie Gillard s’est introduite au sein de l’équipe des “meilleures joueuses du monde” le temps de la saison 2018/2019, marquée par un beau triplet de victoires en Championnat, Coupe de France et Ligue des Champions. Des matchs aux repas partagés en passant par les shootings photo: le film propose une immersion dans le travail acharné, la bienveillance et les réflexions d’un collectif que plus rien ne semble pouvoir arrêter. Alors que plus de 150 000 femmes pratiquent le football aujourd’hui en France et que le bilan ultra-positif de la Coupe du Monde 2019 a été dévoilé cet été, on a fait le point sur la place des femmes dans le foot avec Julie Gayet. Interview. 

Avec Les Joueuses, tu produis ton deuxième documentaire consacré au football. Quel rapport entretiens-tu avec ce sport?

J’ai toujours aimé le football. J’étais une grande fan de L’Équipe du dimanche, qui passait sur Canal+. J’ai joué au foot pendant longtemps et je pratique encore ce sport de temps en temps. Au fil des années, je suis passée de joueuse de champ à gardienne. Ça m’a permis d’éviter de me faire tacler et de me présenter aux castings les jambes pleines de bleues! (Rires.)

Tu jouais avec des femmes?

Vers 20 ans, je me suis rendu compte que j’étais la seule femme du groupe dans lequel je m’entraînais. J’ignorais totalement qu’il existait un championnat et des équipes féminines…

Les Joueuses, c’est donc l’occasion de rappeler que le football se conjugue aussi au féminin?

C’est l’occasion de montrer les footballeuses comme on ne les voit jamais. Dans Les Joueuses, la réalisatrice Stéphanie Gillard met en avant d’extrêmement bonnes sportives, qui appartiennent à la meilleure équipe du monde. On est noyé·e·s dans les documentaires sur le football à la télévision, mais des films avec une vraie image cinématographique et sans commentaire, on n’en voit pas. Dans Les Joueuses, on a l’impression, dès les premières minutes, d’être sur le terrain avec elles.

“Il est temps de respecter ces femmes pour ce qu’elles sont: des professionnelles de haut niveau.”

Produire un film sur une équipe féminine de football, c’était un pari risqué?

Bien sûr! On a assisté à un phénomène de société avec le succès de la Coupe du Monde de 2019: les chaînes de télévision espéraient attirer 4 millions de téléspectateurs et ont finalement réuni 12 millions de personnes devant France-Brésil. Alors que les femmes commençaient à gagner en visibilité dans le football, le confinement a eu un effet terrible. On a complètement arrêté de parler d’elles. C’est pour ça qu’il faut marquer le coup, surtout en cette année de célébration des 50 ans de la reconnaissance du football féminin par la Fédération Française de Football.

Un demi-siècle après cette reconnaissance, le chemin semble encore long pour atteindre un semblant d’égalité avec les hommes. Pour toi, quelle est la prochaine étape?

Les contrats professionnels doivent être institués de manière obligatoire dans bien plus de clubs. Il faut également permettre aux joueuses d’avoir accès à des entraîneur·euse·s et préparateur·rice·s physiques aussi qualifié·e·s que celles et ceux des hommes. Il est temps de respecter ces femmes pour ce qu’elles sont: des professionnelles de haut niveau.

Pourquoi avoir choisi “#Paslàpourdanser” comme sous-titre pour le film?

C’est une référence au moment où Ada Hegerberg a remporté le premier ballon d’or féminin. Quelques minutes après avoir récupéré sa récompense, l’animateur de la soirée lui a demandé si elle savait twerker… J’ai également remarqué que lors de la cérémonie, alors que les hommes étaient présentés avec des vidéos de leurs meilleures actions, les femmes, elles, n’avaient droit qu’à une photo.

Le combat des joueuses pour l’obtention de meilleures conditions de travail peut-il avoir un impact sur les luttes pour l’égalité femmes-hommes en général?

L’affirmation des femmes dans le football peut amener à une vraie prise de conscience. Nous traversons une période où l’égalité salariale s’impose comme le prochain grand sujet. Dans le monde du cinéma, nous avons monté le Collectif 50/50 pour lutter, entre autres, contre les différences salariales. Il faut que notre société passe un cap. Cette lutte des joueuses pour avoir accès à des contrats est très claire et très parlante. Sans contrat, elles rencontrent des difficultés à réaliser des emprunts et à avoir accès à une certaine indépendance financière.

“Je crois beaucoup à la sororité, j’ai toujours fonctionné comme ça.”

La notion de transmission entre joueuses de différentes générations est très présente dans le film. Qu’est-ce qu’évoque cette solidarité chez toi?

Je crois beaucoup à la sororité, j’ai toujours fonctionné comme ça. J’ai la sensation d’avoir eu des petites et des grandes sœurs dans mon métier. Il y a une forme de passation qui va à l’encontre du cliché des femmes réticentes à s’entraider. Ça, c’est une vision de l’homme qui veut opposer les femmes… Quand les femmes se fédèrent, elles font de grandes choses. Je l’ai vu auprès de la Fondation des Femmes, ou autour du discours sur le harcèlement dans le milieu du cinéma.

Comment les joueuses ont-elles accueilli le film?

Le documentaire a été projeté au club de l’Olympique Lyonnais. Ce n’est pas la meilleure salle du monde, mais ça vibrait. Les joueuses se vannaient, rigolaient, elles étaient touchées… Et à la fin, la réalisatrice a été ovationnée. C’était très émouvant. 

Propos recueillis par Margot Cherrid

 


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