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Avec son bracelet anti-GHB, Kim Eisenmann fait la guerre à la “drogue du viol”

Son bracelet, qui permet de détecter si un verre contient du GHB, a déjà changé la tournure des soirées des jeunes Allemandes. Interview de Kim Eisenmann. 
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“Ne laisse jamais ton verre sans surveillance”, “garde-le à l’œil”… voici quelques unes des phrases couramment entendues en soirée ou en festival, lancées par l’ami·e  bienveillant·e qui s’inquiète des ravages du GHB, plus connu sous le nom de drogue du viol -car utilisée à des fins d’agressions sexuelles. Les prédateurs agissent en effet sournoisement dans le dos de leur victime en bricolant des cocktails intoxiqués qui leur permettent de raccompagner des personnes inconscientes et d’abuser d’elles. Cette menace réelle a conduit l’Allemande Kim Eisenmann à chercher une réponse et à la trouver à travers un bracelet -proche de ceux que l’on croise en festival- offrant la possibilité aux noctambules de tester une boisson qui présente un risque d’intoxication. Il suffit d’en tamponner une goutte sur le bracelet. Après quelques minutes, le verdict tombe. Si la couleur bleue apparaît, la boisson testée contient du GHB. Le bracelet Xantus promet de “protéger rapidement et facilement des drogues du viol” selon les mots de sa créatrice. Fort de sa notoriété, il se voyait déjà en rupture de stock 72 heures après sa mise sur le marché en avril 2019.

Cet “accessoire de fête utile”, selon la presse allemande, est l’œuvre de Kim Eisenmann. À seulement 26 ans, la jeune Schwäbin (Ndlr: elle est originaire de la région de Karlsruhe, à 80 kilomètres de Strasbourg) baigne dans le jus de l’innovation. Elle a entre autres élaboré un stylo multifonctions connecté avec son meilleur ami Sven Haüser, également co-créateur de Xantus. Un jour, elle se retrouve directement confrontée au problème: une de ses connaissances est droguée à un festival auquel elle assiste. Femme d’affaires et diplômée d’un master en génie industriel, elle décide alors d’utiliser son savoir-faire pour changer les choses. Déterminée, on comprend pourquoi la devise “ne bavardez pas, mais faites” lui va si bien. Kim Eisenmann a résolument voulu faire. Sans attendre. Interview. 

Il t’a fallu une année pour concevoir ce bracelet. Quel a été le déclic pour te lancer?

Il y a deux ans, nous sommes allés à un festival dans une petite ville en Allemagne avec mes amis. Sous nos yeux, une connaissance âgée de 17 ans a été victime d’une intoxication au GHB. Je n’aurais jamais pensé que ça puisse arriver dans une petite ville dans laquelle tout le monde se connaît. J’ai toujours cru que les cas d’intoxication au GHB arrivaient lors de festivals où dans des grandes villes comme Paris ou Berlin. Alors on s’est demandé s’il n’y avait pas un moyen de faire quelque chose.

“Le bracelet offre la possibilité de vérifier si un verre a été intoxiqué.”

Pourquoi l’avoir créé?

C’était une nécessité. Il peut toujours y avoir un doute lorsqu’on sort le week-end ou qu’on boit un verre en ville… Le GHB est inodore, invisible et sans goût, on ne peut pas le détecter à l’œil nu. Le bracelet offre la possibilité de vérifier si un verre a été intoxiqué ou non. L’équipe de fabrication a réalisé de nombreuses recherches pour étudier et expliquer le fonctionnement ainsi que les conséquences du GHB. On s’est lancé·e·s là-dedans pour que les gens puissent s’informer et s’en protéger.

Comment fonctionne-t-il?

Comme le bracelet commence à être connu, on peut dire qu’il a un pouvoir de prévention. À sa vue, il dissuade les agresseurs. Il y a aussi un côté rassurant à le porter. On se dit, “vérifie de temps en temps ton bracelet pour voir si tout va bien”.

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Les bracelets Xantus ressemblent à n’importe quel bracelet de festival, DR

A qui est-il destiné?

A toutes les personnes qui veulent se sentir protégées lorsqu’elles vont faire la fête. C’est avant tout un symbole contre la violence. Beaucoup de jeunes filles ignorent les ravages du GHB et je veux que toutes les femmes puissent sortir tranquillement en disant: “je suis sûre de moi, je veux faire de mon corps ce que je veux, et je n’admettrai pas que quelqu’un s’en prenne à moi”.

Pourquoi cette drogue est-elle si dévastatrice?

Lors d’une agression au GHB, celui qui agit a le pouvoir sur la victime et peut en faire ce qu’il veut. En plus, la situation s’aggrave, il n’y a plus un jour où l’on ne relève pas un cas d’intoxication dans la presse. Et il y en a toujours plus parce que les agresseurs ne sont généralement pas identifiés et arrêtés. Ils agissent dans notre dos et on peut difficilement les retrouver.

Xantus est présenté comme indispensable par la presse allemande, envisages-tu de le rendre gratuit?

Lorsque je sors en boîte, je trouve normal qu’il y ait des préservatifs pour me protéger du sida, en festival, qu’il y ait des bouchons d’oreilles pour me protéger des basses. Et je pense également qu’il serait normal que l’on puisse se procurer des bracelets qui protègent du GHB. Mais en tant que petite start-up composée de deux personnes, il nous est impossible de rendre le bracelet gratuit. Pour cela, il faudrait que les communes et l’État le subventionnent. C’est à l’État d’apporter son soutien pour que les jeunes puissent festoyer sans encombre.

“Cette drogue touche tout le monde.”

T’attendais-tu à un tel succès?

On a été les premiers surpris par le succès de notre produit. Les gens nous ont suivis sur les réseaux sociaux, ont partagé l’information… on ne s’y attendait pas! On a constaté qu’on s’était emparé d’un sujet de société important que tout le monde connaissait. On a même pu avoir des retours de parents qui sont ravis que leurs enfants utilisent le bracelet.

Que veux-tu dire aux jeunes?

Il faut que les jeunes prennent conscience qu’ils et elles sont maître·sse·s de leur corps et de leurs envies. Personne n’a le droit de s’autoriser à droguer des gens. Et si jamais cela arrive, la victime ne doit pas se sentir coupable ou honteuse. L’essentiel, c’est de savoir comment réagir et d’avoir quelqu’un avec qui parler du problème en cas de doute. De nos jours, on doit tou·te·s prendre soin des autres si on sort. Et dans ce cas, ça peut passer par la possession d’un bracelet. Parce que cette drogue touche tout le monde.

Propos recueillis par Camille Bresler 


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