société

Elles ont lancé “La Bougeotte”, le podcast qui parle voyages aux femmes

Un voyage à soi: telle pourrait être la devise des intrépides créatrices de la Bougeotte. Mais les bienfaits du départ doivent se doubler d’un discours critique.
DR
DR

DR


Il y a la voix enjouée de Laura Fernandez Rodriguez, le timbre apaisant de Daisy Lorenzi, et jamais très loin, les éclats de rire retentissants de Marine Périn. En septembre 2017, ces trois journalistes lançaient le podcast La Bougeotte, à destination des auditrices en quête de nouveaux horizons. Abordant l’excursion en solo, entre mère et fille ou en couple lesbien, et des interrogations aussi variées que la religion ou la maladie chronique en voyage, les neuf épisodes en ligne offrent déjà un beau panorama.

Réunies par un échange d’appartement à l’occasion d’un départ à l’étranger, les trois acolytes n’ont cessé depuis de vaquer à leurs expéditions. Skype s’invite d’ailleurs régulièrement lors des sessions d’enregistrement. C’est ainsi qu’elles remplissent leur baluchon d’idées. Le studio de podcasts Nouvelles Écoutes a flairé leur potentiel d’éclaireuses et les accueille depuis juillet au sein de son accélérateur de podcasts Wings. Elles y font perdurer leur formule: beaucoup de témoignages, des retours d’expériences, des discussions animées et même des cartes postales sonores. Le tout, avec l’objectif de lever les stéréotypes qui collent au voyage féminin et au voyage en général.

 

Est-ce que parler de femmes et de voyage, c’est féministe?

Daisy Lorenzi: Il y a une vraie démarche féministe dans notre podcast. On s’est rendu compte que pour une femme, le voyage était quelque chose d’émancipateur.

Marine Périn: Pour chacune d’entre nous, le premier voyage seule, c’était un événement très important. Le voyage en Iran de Daisy est arrivé à un moment décisif de sa vie. Mon premier grand voyage était un gros pas à franchir, à cause de traumas que j’avais subis. Je voulais être en mesure de voyager seule. On essaie de transmettre une parole encourageante.

DL: D’ailleurs, c’est grâce aux témoignages de femmes sur le groupe Facebook We are backpackeuses, que j’ai eu le courage de me lancer.

MP: Dans ce groupe, il y a un esprit de sororité galvanisant et c’est ce que l’on veut transmettre à travers notre podcast. C’est d’ailleurs ce genre de lien très fort, cette solidarité, que tu peux retrouver en voyage, quand tu rencontres d’autres meufs et que tu parles de règles ou que tu demandes des recommandations précises.

Vous dispensez d’ailleurs dans le podcast des conseils très terre-à-terre…

MP: D’ailleurs, on voulait le faire sur la sécurité, on ne l’a pas assez fait. Mais c’est une réalité: en tant que femme, on court plus de risques qu’un homme qui voyage seul. On ne veut pas mentir. Les discours selon lesquels Saint-Jacques-de-Compostelle serait hyper safe m’horripilent, par exemple. Ce n’est pas vrai. Je suis partie en 2017, j’ai été harcelée par un homme et j’ai rencontré une fille qui a été violée. C’est important de diffuser un discours émancipateur, mais sans minimiser les risques.

DL: Oui, en fait, ce qu’on veut dire à nos auditrices c’est “il peut vous arriver des ennuis, mais faites confiance à votre instinct, vous pouvez réagir”. Par exemple, moi, j’essaie le plus possible d’éviter d’aller dormir chez un homme seul en coach-surfing.

Une récente étude ONU rappelait pourtant que le lieu le plus dangereux pour les femmes est leur domicile. Est-ce que ça fait partie des idées que vous souhaitez battre en brèche?

DL: C’est pour cette raison que dans le premier épisode on a fait parler des femmes qui sont parties seules.

MP: On ne pense pas forcément à voyager seule parce qu’on n’est pas conditionnées à le faire. Et quand on y pense, la première réaction, c’est d’avoir peur. L’une des femmes qui a témoigné pour le podcast a dit quelque chose de très juste: “Si tu sais vivre chez toi, tu sais vivre partout ailleurs.” Voyager, c’est juste vivre ailleurs. Et en plus de ça, en voyage, il n’y a rien d’autre à gérer que dormir, manger, laver ses vêtements. C’est uniquement toi, toi et toi. Or, les femmes sont censées vivre pour les autres et pas pour leur épanouissement personnel. Une femme féministe, c’est une femme qui vit pour elle-même, ce qui est finalement assez proche d’une femme qui voyage.

DL: Et je peux t’assurer qu’une fois que tu es partie seule, c’est très difficile de revenir en arrière! (Rires.) Maintenant que je suis partie seule, je ne pense plus mes longs voyages de la même façon et j’ai du mal à faire des compromis.

On réfléchit aussi à voyager de la manière la plus éthique possible. Ce qui implique de ne pas se rendre dans des pays qui bafouent les droits humains.

Est-ce qu’il y a un pays qui vous a marquées pour son féminisme?

En chœur: L’Islande!

MP: C’est le premier pays au monde pour l’égalité femmes-hommes et ça se sent partout. Il y a même des affiches de promotion pour la cup menstruelle dans les toilettes! Il n’y a pas d’insécurité dans les rues, tu ne te fais pas harceler. Les Islandais sont aussi très écolos et progressistes.

Quels écueils souhaitez-vous éviter à propos du voyage?

MP: Je pense pouvoir dire qu’on défend un féminisme intersectionnel, donc on veut donner la parole à tout le monde. Laura a interviewé la journaliste Jennifer Padjemi qui évoque la réalité de voyager en tant que femme noire. J’ai aussi interrogé mon amie Arwa, qui est musulmane, qui a voyagé seule et qui m’a expliqué comment le voyage lui a fait découvrir d’autres façons de pratiquer sa religion.

DL: Pour le prochain épisode, j’ai interviewé une backpackeuse iranienne. Je trouvais ça intéressant d’avoir un regard non-occidental sur le voyage, de connaître les difficultés et les différences quand tu voyages en tant qu’Iranienne. Ce serait intéressant qu’on le fasse davantage.

MP: On réfléchit aussi à voyager de la manière la plus éthique possible. Ce qui implique de ne pas se rendre dans des pays qui bafouent les droits humains, dans des pays où le tourisme de masse pollue, participe à la dégradation des conditions de vie des populations locales. De la même façon, on tenait à aborder le sujet de l’argent pour montrer que voyager n’est pas nécessairement un truc de riches. On voyage avec trois culottes et un sac à dos. En Islande par exemple, on ne mangeait que du pain de mie, des pâtes et du porridge.

DL: On veut montrer une autre manière de voyager.

Un livre ou un film à recommander sur le sujet?

MP: Le livre qui m’a complètement chamboulée, c’est Wild de Cheryl Strayed. C’est une Américaine qui est partie après avoir perdu sa mère et sombré dans la toxicomanie. Elle a fait le Pacific Crest Trail, sans préparation, à 26 ans. C’est en totale autonomie, donc tu emmènes ta nourriture déshydratée, ton réchaud et ta tente. C’est une histoire vraie. Elle aborde les douleurs physiques mais aussi des questions comme se retrouver seule face à un homme, en plein milieu de la nature. Elle n’esquive pas ces questions.

DL: Moi aussi, ça m’a beaucoup marquée. Ce récit est tellement inspirant, et l’autrice est totalement badass! Elle te donne complètement confiance en toi-même, en tes propres capacités.

MP: C’est très important d’avoir des modèles d’identification positifs, et malheureusement, il n’y en a pas encore assez dans le voyage.

Propos recueillis par Clara Delente


2. Koun, l'ONG libanaise qui diffuse le yoga dans les camps de réfugié·e·s 

“Rendre le yoga accessible à ceux qui en ont besoin.” Une devise qui frappe dès la page d’accueil du site de Koun, l’ONG fondée par Sandy Boutros, jeune yogi libanaise qui compte bien amener le yoga au sein des communautés défavorisées.
DR - Cheek Magazine
DR