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Nouveaux médias

Avec son podcast, Lauren Bastide veut faire entendre de nouvelles voix féministes

La journaliste Lauren Bastide lance avec Julien Neuville sa société de podcasts, qui diffusera notamment La Poudre, une émission d’entretiens axés sur le féminisme.
© Sophie Steinberger
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Elle l’a fait. Après plus de dix ans au chaud dans de grands groupes de presse, Lauren Bastide, ex-plume de ELLE passée une saison par Le Grand Journal de Canal+, fait aujourd’hui le grand saut de l’entrepreneuriat. À 35 ans, la jeune femme sent que le moment est venu de suivre ce chemin et qu’elle se sent sûre de ses choix comme jamais. “À 25 ans, c’est normal de ne pas avoir les idées claires, mais dix ans plus tard,  je me sens enfin complètement alignée avec mes valeurs. Et ses valeurs, elles concernent en priorité les femmes. À partir du 1er décembre, dans son podcast La Poudre, Lauren Bastide tendra tous les quinze jours son micro à des personnalités féminines de toutes les générations et les fera parler pendant une cinquantaine de minutes du F word, à savoir le féminisme. “Ça fait un moment que je réfléchis à ce concept d’émission, et mon expérience à la télé a achevé de me convaincre que je voulais réhabiliter le temps long.”

Lauren Bastide ne s’est pas contentée de concevoir une émission, c’est un véritable studio de production qu’elle est en train de lancer avec son associé Julien Neuville. Les deux journalistes se connaissent depuis longtemps et se sont un jour rendu compte qu’ils avaient la même envie de se mettre au podcast, un format encore balbutiant en France. Ils ont décidé d’unir leurs forces et leur société Nouvelles Écoutes a vu le jour à la rentrée. Pour l’instant, leur boîte produit La Poudre mais aussi Banquette, une émission consacrée au foot. “A priori, peu de gens écouteront les deux”, plaisante Lauren Bastide.

“La Poudre, c’est mettre de la poudre aux yeux mais c’est aussi mettre le feu aux poudres.

D’ici un an, ils espèrent atteindre 50000 téléchargements par podcast, et à terme, ils comptent bien en produire d’autres. “Le podcast, ce n’est pas un replay de la radio, c’est vraiment une nouvelle façon de s’informer, en prenant le temps et en plongeant dans un sujet, s’enthousiasme Lauren Bastide. Chez Nouvelles Écoutes, on veut en faire un format haut de gamme, produit avec soin.” Le teaser de La Poudre, mis en ligne hier soir, laisse en effet entrevoir un joli produit fini. Mais pour la liste des invitées à venir, c’est encore top secret, Lauren Bastide veut maintenir la surprise intacte. Les indices laissent toutefois penser qu’il s’agira de personnalités pop et engagées. “Je tiens à recevoir des femmes de tous les domaines, que ce soit en politique ou en musique, je veux prendre le temps de discuter des sujets de fond avec elles. J’avoue, pour l’instant je kiffe à mort enregistrer ces rencontres”, lâche-t-elle. En attendant de pouvoir l’écouter dans La Poudre, on a fait asseoir Lauren Bastide dans le fauteuil des invitées le temps d’une interview.

Pourquoi avoir choisi ce nom, La Poudre?

J’aime les univers très éclectiques qu’on peut associer à ce mot. La poudre, ça évoque un objet très féminin, la légèreté, la cosmétique, l’idée de mettre de la poudre aux yeux. Mais c’est aussi mettre le feu aux poudres, prendre la poudre d’escampette, il y a de la provocation dans ce mot, qui évoque aussi la drogue. J’aime que toutes ces facettes coexistent, qu’elles soient contradictoires et complémentaires. C’est assez féminin.

Comment as-tu eu la révélation du podcast?

J’en écoute depuis longtemps et c’est petit à petit devenu ma façon préférée de m’informer. Depuis un moment, j’étais à la recherche d’infos féministes pointues et je me suis mise à écouter The Guilty Feminist, 2 Dope Queens, Girlboss (et tant d’autres). Il n’y avait que des émissions américaines, j’ai eu envie de proposer la mienne en France. J’en ai profité pour me réinscrire à la fac: je viens de commencer un master en études de genre à Paris 8. C’est important pour moi d’avoir un bagage solide pour mener de bonnes interviews.

Je ne me reconnais plus dans le “nous” censé représenter toutes les femmes, et c’est la pluralité de ce “nous” que je veux interroger dans La Poudre.”

Le féminisme, c’est une conviction profondément ancrée chez toi?

Oui, c’est pour ça que j’ai voulu travailler chez ELLE dès l’adolescence: j’ai toujours été engagée sur cette question, et mon histoire personnelle ne m’a pas laissé d’autre choix que d’être une ardente défenseure des femmes. Le magazine ELLE m’a formée, il a fait la journaliste que je suis aujourd’hui, mais au fil des années, j’ai pris conscience que les lignes du féminisme bougeaient et qu’on ne pouvait pas se contenter de faire ce qu’on avait toujours fait. Je ne me reconnais plus dans le “nous” censé représenter toutes les femmes, et c’est la pluralité de ce “nous” que je veux interroger dans La Poudre, en m’intéressant à l’afroféminisme et l’intersectionnalité, par exemple. Grâce au long format, j’espère réinstaller une nuance dans la conversation, qui n’a malheureusement pas sa place quand on fait un article d’une page ou une chronique d’une minute trente.

Enregistrer des podcasts après avoir bossé pour les vieux médias que sont la presse papier ou la télé, c’est le choc des cultures?

Le plus grand pas à franchir pour moi, ça a été de passer de l’écrit à l’oral, transition que j’ai amorcée à la télé l’année dernière. Depuis que je ne publie plus régulièrement, je découvre le plaisir de m’exprimer exclusivement sur les réseaux sociaux, où je suis libre de ma parole: même si les textes sont courts, j’adore pouvoir prendre position en totale liberté et communiquer avec ma communauté de followers. Aujourd’hui, à quinze jours du lancement de La Poudre, je reconnais que j’ai un peu le trac, j’ai l’impression que je vais rentrer dans le cerveau des gens (Rires.). Non mais sérieux, je vais être avec eux dans leur cuisine, dans le métro… Comme dirait Houda Benyamina, pour ça, il faut avoir du clito!

En quoi les filles de notre génération ont-elles des choses à dire et à faire?

Internet et les réseaux sociaux permettent aux jeunes filles d’avoir accès à une info que moi, je n’avais pas à leur âge. J’ai l’impression qu’elles sont plus ouvertes aux questionnements féministes grâce à ces outils. Je vois bien sur Instagram que beaucoup d’entre elles s’intéressent à ce que je fais, et je suis très heureuse, à 35 ans, de pouvoir être inspirante pour elles. Vous prenez la parole sur ces sujets depuis trois ans chez Cheek, de mon côté avec La Poudre, j’espère pouvoir apporter ma pierre à l’édifice.

Lauren Bastide Instagram Donald Trump

L’entrepreneuriat, c’est flippant ou excitant?

Je crois que je me suis toujours sentie entrepreneure, même si, quitter un CDI et monter sa boîte, c’est une vraie décision à prendre. Avec Julien, on apprend beaucoup, on n’hésite pas à demander; l’avantage quand on est journalistes, c’est qu’on sait où aller chercher l’info. On est bien entourés et on a longuement réfléchi à notre modèle économique: ce sont les annonceurs qui vont financer le contenu gratuit.

Un grand moment de solitude féministe?

Quand certains de mes copains mecs, modernes, engagés, humanistes, n’arrivent pas à comprendre que, malgré tout, eux aussi sont porteurs de constructions sociales dont ils doivent se libérer pour porter un message féministe.

Et un moment de fierté? 

Quand j’ai contacté mes premières invitées par mail, un peu en leur jetant des bouteilles à la mer, et qu’elles m’ont répondu avec enthousiasme qu’elles acceptaient de participer. Je me suis dit que je me lançais dans quelque chose qui avait du sens.

Propos recueillis par Myriam Levain


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