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Lisa Gachet, fondatrice de Make My Lemonade: “Les prochaines générations n’auront plus le besoin de propriété des vêtements”

Lisa Gachet, fondatrice de la marque éthique Make My Lemonade, nous raconte pourquoi elle a lancé Frida, un nouveau service de location de vêtements. 
© Laurence Revol
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À la tête du blog Make My Lemonade depuis 2012, Lisa Gachet a lancé sa marque de vêtements du même nom il y a cinq ans. Une façon de se “recentrer” sur son coeur de métier -le stylisme et la direction artistique. Avec toutefois un concept original: à chaque sortie de collection, les clientes ont la possibilité de fabriquer elles-même une pièce, grâce aux patrons et tissus commercialisés sur le site. Elle lance désormais Frida, un service de location de vêtements sur abonnement. Et ça cartonne déjà.

 

Comment t’est venue l’idée de Frida? 

La seconde main s’impose de plus en plus comme une évidence. Moi-même grande fan de mode, j’essaie de m’y tenir au maximum. J’évite aussi la fast fashion et j’essaie de réduire ma consommation de vêtements, en réfléchissant avant d’acheter une pièce. Ce n’est pas toujours facile, mais je suis persuadée que les prochaines générations auront beaucoup moins le besoin de propriété que nous l’avons eu. Et puis, il y a quelque chose de frustrant quand on achète un beau vêtement pour le porter au maximum une dizaine de fois. La location de vêtements, d’abord mise en place pour les créations coutures, que l’on pouvait louer pour une soirée, se démocratise de plus en plus. Et je pense que pour Make My Lemonade, ça peut vraiment fonctionner: nous ne proposons pas vraiment de basiques, mais des pièces très fortes, très colorées, qui peuvent être difficiles à porter au quotidien. Les proposer à nos clientes à la location leur permet d’en profiter sans surconsommer. Frida a été une réflexion de long terme, mais surtout une évidence. 

Pourquoi ce nom, Frida?

Là encore, ça a été une évidence pour plusieurs raisons. Nous voyons Frida comme une façon de nous recentrer, de faire bouger la mode à notre échelle. Déjà, Frida, c’est le nom de mon chat. Au début de Make My Lemonade, j’appelais les lectrices du blog mes “petits chats”. C’est symbolique, mais nous trouvions ça drôle, une façon de boucler la boucle. Ensuite, c’est aussi le nom de la première robe que nous avons commercialisée. Enfin et surtout, c’est une référence à une femme très inspirante, à l’univers très coloré, auquel le nôtre fait écho. 

Comment ça marche? 

Nous fonctionnons sur un système d’abonnement mensuel: pour 89 euros, les clientes reçoivent quatre pièces qu’elles choisissent en début de mois, puis elles peuvent les échanger pour d’autres à l’infini. Il suffit qu’elles nous en renvoient une pour pouvoir profiter d’une autre. Même pas besoin de les laver, on s’occupe du pressing. Et si elles ont un coup de coeur -ou qu’elles rencontrent l’amour de leur vie dans l’un de ces vêtements, qui sait- elles peuvent acheter les pièces à un tarif préférentiel. Je ne sais pas si la location de vêtements sera l’avenir de la mode, mais je pense qu’elle peut en tout cas la rendre plus vertueuse, en permettant de consommer moins et de jouer davantage avec ses vêtements. 

 

 
 
 
 
 
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Tu envisages la mode comme un jeu? 

Exactement! Chaque jour, quand je m’habille, j’imagine que mes vêtements sont ma seconde peau qui vont me permettre de faire telle ou telle chose. D’ailleurs, j’y pense tout le temps quand je crée des vêtements avec mes équipes, ou qu’on prépare une commande. On se demande ce que va faire la fille qui va porter ce pull ou cette robe: oser enfin demander une augmentation, aller à un premier date, etc. Pour moi, les vêtements sont comme une “cape de visibilité” qui nous rend plus fort·e·s. C’est pour cela que j’aime bien les vêtements joyeux! Je crois au pouvoir des couleurs -qui d’ailleurs a été démontré scientifiquement- et je pense vraiment que lorsque tu n’as pas le moral et que tu mets une robe que tu adores, ou ce jean qui te fait de superbes jambes, ça te donne de la force pour la journée. 

Tu as lancé ce nouveau service quelques semaines seulement après le déconfinement. Une période plutôt particulière économiquement… 

Cela faisait presque un an que l’on travaillait dessus. C’est quelque chose qui est complexe techniquement. Il a fallu trouver les bonnes personnes pour nous aider à lancer Frida, d’autant que de nombreuses entreprises ayant mis en place des systèmes similaires n’ont pas tenu sur le long terme. C’était un projet qui nous tenait à coeur, alors une fois que tout était prêt, nous avions hâte de le lancer. Et finalement, ce timing post-confinement était le bon, puisque nous avons tous réfléchi à notre façon de consommer. 

Comment la nouvelle a-t-elle été accueillie par les clientes?  

Malgré le timing et l’été, ça prend étonnement bien, au-delà de nos attentes! Nous sommes ravi·e·s du démarrage que nous faisons, et espérons faire encore mieux dès septembre. Mais on marche encore sur des oeufs. Si ça suit cette progression, nous allons rapidement devoir mettre à disposition davantage de pièces, car pour l’instant, nous fonctionnons avec une quantité limitée. Comme d’habitude, nous apprenons en faisant. Par exemple, nous ajustons toujours le nombre de nouvelles pièces parmi lesquelles peuvent choisir les clientes chaque semaine. 

Quelle est la principale difficulté à laquelle vous êtes confronté·e·s? 

Chez Make My Lemonade, nous voulons absolument représenter toutes les femmes dans nos campagnes. Ces filles de la vraie vie, belles sans le savoir, qui nous inspirent quel que soit leur tour de taille. Après, ce qui est un peu plus compliqué malheureusement, c’est au niveau de la production. Nous ne proposons nos modèles que jusqu’au 48. J’aimerais énormément qu’on fasse plus, mais il y aussi une réalité économique à laquelle nous sommes confronté·e·s: nous ne pouvons pas nous permettre de produire à perte. Le souci majeur, c’est qu’on ne forme pas, dans les écoles de mode, à faire des grandes tailles. Chez MML, nous avons beaucoup de retours clientes sur ces tailles-là, alors, nous essayons de nous améliorer. Nous espérons que Frida nous permettra également de faire mieux à ce niveau! 

Propos recueillis par Noémie Leclercq 


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