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Elle marche seule à travers la France contre le sexisme dans l'espace public

Journaliste et voyageuse, Marie Albert allie son militantisme et sa passion pour la marche en se lançant dans un tour de France à pied en solo contre les violences sexistes. Rencontre avec une baroudeuse à la détermination contagieuse.
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Ma vie en ce moment, c’est journaliste pigiste l’hiver, et l’été, je marche pour les causes féministes” , résume Marie Albert. Le 1er juillet, elle va s’élancer seule sur les routes pour un tour de France à pied. Elle a appelé cette grande marche le Survivor Tour, parce qu’il ne s’agit pas seulement de marcher pour le plaisir et le dépassement de soi, mais aussi pour rendre visible les victimes de violences sexistes.

À tout juste 26 ans, Marie Albert n’en est pas à son premier périple. Elle a déjà passé plusieurs mois sur un cargo pour faire le tour du globe, a parcouru à pied les 1800 kilomètres qui séparent Paris de Saint-Jacques-de-Compostelle. En septembre 2019, alors qu’elle va boucler les derniers 700 kilomètres du célèbre chemin de pèlerinage, elle décide de transformer sa marche en un acte politique contre les féminicides: sur les réseaux sociaux, elle documente chaque jour ses étapes en rendant hommage aux victimes, en racontant ses rencontres et le harcèlement qui est monnaie courante sur le sentier. “J’avais l’image de Compostelle comme un chemin où il y a plein de femmes qui marchent, où c’est safe, un chemin où on peut marcher seule, et c’est totalement faux”, déplore-t-elle. Pas un jour ne s’écoule sans un homme pour lui indiquer le chemin (alors que le sentier est clairement balisé), sans conseils non sollicités, sans tentatives de drague. “Je m’étais fait un ami anglais, qui devait avoir 50 piges, et un jour il a essayé de m’embrasser, se remémore-t-elle. Quand je l’ai repoussé, il m’a suivi dans toutes les auberges où j’allais pour essayer de se réconcilier.” 

 

 
 
 
 
 
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Jour 9 #MarchAgainstFemicide ✊ kilomètre 133 : SANTANDER – BOO 🇪🇸 Je sors du refuge et tombe nez à nez avec un Espagnol exhibitionniste qui sort son pénis pour se masturber devant moi. Une autre femme victime du pervers m’aide à appeler la police. Les agents nous annoncent que l’exhibitionnisme n’est pas un délit, en Espagne. La gérante du refuge nous invite à « oublier » cet événement malheureux et à continuer notre chemin. Je n’oublie pas. Je parcours 14 kilomètres sur le goudron. Je pense au 96ème féminicide de l’année 2019. Clotilde, 35 ans, étranglée par son mari Johnny dans leur voiture, le 26 août à Fiennes dans le Pas-de-Calais. Elle avait deux filles de 10 et 13 ans. Je marche pour elles, pour moi et pour toutes les autres. #StopFeminicide #NiUnaMenos

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Pour le Survivor Tour, elle est bien déterminée à poursuivre cette démarche, en publiant sur ses réseaux sociaux les histoires des femmes victimes de violences. En portant ces voix et en y ajoutant la sienne, en racontant son voyage, elle entend dénoncer les violences sexistes, mais aussi les infanticides, les violences contre les personnes LGBTQI+, les violences grossophobes, islamophobes. “L’idée, c’est de raconter ce qui m’arrive, ce qui arrive à d’autres femmes qui m’écrivent. Et aussi de traverser des endroits où je rencontre d’autres féministes. Beaucoup de meufs m’ont proposé de faire quelques kilomètres avec moi ou de m’héberger parce que j’aurai peut-être aussi besoin d’une douche.” Marcher seule pour Marie Albert, c’est aussi refuser l’injonction à rester chez soi par peur du danger, refuser les idées reçues qui font que l’extérieur quand on est une femme seule est forcément une menace. “Marcher seule quand on est une femme c’est déjà politique, résume-t-elle. Depuis que je suis toute petite, on me dit que le dehors est dangereux, qu’il faut pas y aller toute seule, qu’il faut pas que je sorte la nuit. Mais je ne pense pas être plus en danger au fond de la forêt à dormir toute seule que dans un refuge où il y a des mecs qui me harcèlent.” 

 

 
 
 
 
 
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Je marche 700 kilomètres contre les féminicides ✊ NOUVEL ARTICLE sur mon blog Marie4lbert.fr ➡️LIEN DANS MA BIO ⬅️ 100 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou ex depuis le 1er janvier 2019. Moi-même victime de violence sexiste et sexuelle, je ressens la rage, l’injustice et le désespoir. Le 4 septembre 2019, je pars de Bilbao en direction de Saint-Jacques de Compostelle. 700 kilomètres et 45 jours de marche m’attendent. Je dédie mon chemin à toutes les victimes de féminicides. Je demande au gouvernement français d’agir urgemment pour empêcher un crime de plus. #MarchAgainstFemicide #NiUnaMenos #StopFeminicide

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Si son engagement féministe est influencé par des militantes et des autrices comme Virginie Despentes, Rokhaya Diallo, ou encore Daria Marx et Amandine Gay, il y a aussi des aventurières qui ont aidé Marie Albert à se lancer. Pendant son voyage en cargo, un marin lui parle de la Suisse Sarah Marquis: “J’ai lu tous ses livres et c’était fou de voir qu’une meuf se promène avec son sac et traverse toute seule l’Australie, l’Amérique latine, la Russie. Y’a même pas de but politique, juste elle marche et les gens sont fascinés. À Marseille, j’ai aussi rencontré Myriam qui me suivait sur Instagram. Elle avait traversé la Nouvelle-Zélande à pied et elle m’a parlé du bivouac. Voir une vraie personne de mon âge, qui me ressemble, m’expliquer concrètement comment faire du camping sauvage, ça m’a aidée.”

Se dépasser en dormant seule, faire du bivouac, être autonome, autant de choses que Marie Albert n’avait jusqu’ici pas osé faire. “Pendant des années, je me suis dit que jamais je ne dormirais sous une tente parce que je suis une petite bourgeoise, j’ai besoin de mon lit, de ma douche, de manger chaud. Tout ça, je le déconstruis au fur et à mesure de mes marches, de mes voyages et je me rends compte que j’ai besoin de neuf kilos sur mon dos et c’est tout!” À quelques jours de son grand départ, Marie Albert prépare ses itinéraires, teste sa tente en forêt, et vient de terminer un tour de Paris à pied pour se mettre en jambes: “Je marche le plus possible, je fais beaucoup de sport avec mon frère, je mange énormément pour prendre plein de kilos car je vais me vider pendant ces trois mois.”

 

 

Marie Albert s’est donné trois mois pour accomplir la première partie de son Survivor Tour. À partir du 1er juillet, elle suivra la côte d’Opale, les falaises et les plages normandes, jusqu’à la pointe bretonne, à Brest où elle espère arriver fin septembre. Elle reprendra à l’été 2021 la suite de sa marche. “Je commence progressivement, car pour être honnête, mon but dans la vie c’est de faire le tour du monde à pied, de faire le tour de tous les continents… Tout le monde se moque de moi mais je vais vraiment le faire!” 

Maëlle Le Corre

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