société

Masami Charlotte Lavault a créé la première ferme floricole parisienne intra-muros

En plein air et en plein Paris, la Franco-japonaise Masami Charlotte Lavault s’épanouit au milieu des fleurs dans la première ferme floricole de la capitale, “Plein Air”, près du cimetière de Belleville.
© Hélène Combal-Weiss
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L’hiver approchant, les couleurs de la centaine de variétés de fleurs ont déserté le champ. Pour la terre comme pour celle qui la cultive, le temps du repos est venu, pour une saison seulement. L’occasion de rencontrer calmement la fondatrice de Plein Air, Masami Charlotte Lavault, qui nous a donné rendez-vous au Floréal, un café qu’elle affectionne particulièrement pour son nom. Non loin de là se trouve son champ de 1200 mètres carrés, au pied du réservoir de Belleville, où la jeune femme de 32 ans sème les graines de milliers de fleurs, en plein air ou sous l’une de ses trois serres. Autour, des barres d’immeuble, le métro à deux pas, et les rangées de tombes du cimetière de Belleville. Un projet rendu possible il y a deux ans, lorsqu’elle a remporté la première édition des Parisculteurs, un appel à projets lancé en 2017 par la mairie de Paris, afin de développer et promouvoir l’agriculture urbaine. 

 

Un parcours semé d’embûches

Rien ne prédestinait Masami Charlotte Lavault, qui travaillait dans le design industriel, à atterrir au milieu des fleurs, dont Clara Luciani vante la “beauté muette”. Se sentant faner dans son job, la Franco-japonaise le quitte pour parcourir des fermes en biodynamie en quête de sens, au Maroc, au Pays de Galles et au Japon. Elle y touche à tout: maraîchage, élevage, floriculture… De retour à Paris, la citadine se met en quête d’une surface où cultiver. Trois ans et demi vont passer, durant lesquels la passionnée se fera rembarrer à de nombreuses reprises. “J’avais zéro crédibilité: j’étais une femme, jeune et au petit gabarit, je n’avais pas d’argent”, décrit-elle. Parisculteur fut sa dernière tentative, admet-elle. Grâce à la ville de Paris, la voilà désormais installée sur ce terrain “sableux, très exposé au vent, avec des zones d’ombre, des zones ensoleillées et quelques zones humides”, et ce pour encore huit ans. “Ce bail, c’est une stabilité”, affirme-t-elle, tout en expliquant qu’une fleur peut parfois demander trois ans de travail avant d’éclore. 

 

 
 
 
 
 
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Rêve de Paris Samedi dernier, j’ai eu l’honneur d’être invitée par @penelopekomites et @annehidalgo 🙏🏽 à devenir marraine du rosier que je tiens dans les bras, baptisé Rêve de Paris. Ce rosier aux petites fleurs jaune beurre, dont les pétales prennent de légers coups de soleil rose nacré, est le fruit de plus de dix ans de travail humain et végétal, orchestré par @rosesmeilland. Ce jour-là, j’ai pu écouter Matthias Meilland parler de sa grand-mère qui congelait avec mille précautions du pollen de rose et des 5 générations de passionné.e.s de la rose dont il descend. Plutôt 150 ans de travail donc. Puis j’ai écouté une sociologue retracer avec passion, à coups de rosa canina, de rosa centifolia et d’hulthemia persica, la complexe histoire génétique de la rose, et l’intérêt qu’elle a suscité chez l’humain à travers les âges et les continents. 5000 années de labeur cette fois-ci. Et en silence, je me suis rappelée des mots de Michael Pollan dans son livre Second Nature. Cultiver des plantes interroge “la frontière trouble entre nature et culture, l’expérience de l’espace, les conséquences morales du paysagisme, et [pose] de nombreuses autres questions auxquelles le désir de récolter quelques tomates convenables ne m’avait pas préparé[e]”. Et puis assise dans le métro du retour, impressionnée par cette immersion socio-botanique, Rêve de Paris dans les bras, je me suis dit que cela fait certainement 200 000 ans qu’homo sapiens se pose ces questions. . Last Saturday, on the invitation of @penelopekomites and Mayor of Paris @annehidalgo 🙏🏽, I had the honor to become the godmother of the rose shrub I hold in my arms, baptized Rêve de Paris (Dream of Paris). The plant, which bears little buttery yellow blooms that take a slightly pink hue when sunkissed, is the result of more than a decade of plant/human work, orchestrated by @rosesmeilland. That day, I could listen to Matthias Meilland telling about his grandmother conscientiously freezing rose pollen and about the 5 generations of rosarians he descends from. That’s another 150 years of work. [Continued in comments ⬇️]

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30 000 fleurs sorties de terre l’an dernier

On estime aujourd’hui que 85% des fleurs coupées vendues en France sont importées de l’étranger. D’où l’émergence, ces dernières années, de filières en circuit court, proposant des fleurs de saison. “La floriculture actuelle est une industrie assez sale, qui a un sacré coût écologique et humain”, regrette celle qui cultive en biodynamie, en utilisant le moins de compost possible par exemple. “Une fleur, c’est en moyenne neuf mois qui s’écoulent, entre la graine et le bouquet”, détaille-t-elle. Dans son champ, pas de machine pour les semis ou la récolte, la jeune femme fait tout à la main, quitte à se bloquer le dos, comme en ce début de mois de novembre. “On me demande souvent si je parle à mes fleurs, si je leur joue de la musique”, sourit-elle. “Je ne fais rien de tout cela, en revanche je savoure le silence”, affirme celle qui vit désormais au rythme des saisons. Si son initiative n’est pas la panacée, elle l’estime néanmoins nécessaire. Nécessaire mais pas suffisant, développe celle qui préfère parler de “fleurs lentes” plutôt que de “slow flower”. À la force de ses mains, ce sont 30 000 fleurs qui sont sorties de terre l’an dernier. Elle choisit elle-même toutes les variétés qu’elle sème et plante, en fonction du climat parisien -tempéré- même si certaines fleurs poussent spontanément sur le terrain. “Voir une fleur éclore, c’est très émouvant. De nombreuses personnes viennent découvrir le champ… Il y a quelque chose dans la beauté des fleurs qui permet de communiquer”, confesse-t-elle. 

 

 

“Un travail de mec”

Depuis le lancement de Plein Air, Masami Charlotte Lavault reçoit également de nombreux messages de personnes souhaitant, elles aussi, se lancer dans la floriculture locale, qui se développe en France depuis deux ans environ. “Dont 97% de femmes!”, s’exclame-t-elle. “Historiquement, l’horticulture est un travail de mec, très physique, mais heureusement la profession se féminise”, se réjouit celle qui ne nie pas la difficulté du métier. “Avec mes expériences précédentes dans diverses fermes, j’étais consciente de la pénibilité du travail et de la charge mentale qui incombent à la tâche”, avance-t-elle. La jeune femme réfléchit sans cesse à comment ménager l’humain et la terre, notamment car le métier est chronophage et ne permet pas toujours aux agriculteur·rice·s de vivre décemment. “Chaque étape de production pose aussi une question éthique: d’où proviennent mes semences, où vais-je chercher mon terreau, est-ce que je plante dans des pots en plastique… c’est très stimulant intellectuellement”, explique-t-elle. Preuve que le marché de la fleur française est encore florissant.

Delphine Le Feuvre


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