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Elle a créé Maydée, l'appli qui équilibre enfin la charge mentale dans le couple

Julie Hebting est la fondatrice de Maydée, application dont l’objectif est de faire de la répartition des tâches ménagères un sujet aussi important que celui des féminicides. Interview.
Mytho © Unité de production/ ARTE France
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De son propre aveu, Julie Hebting n’était “pas spécialement féministe” avant l’arrivée de son premier enfant. Si les femmes gagnent moins d’argent que les hommes? “C’est de leur faute”, pensait-elle à l’époque. Pour celles qui ont fait le choix de tourner le dos à leur carrière au profit de leur vie de famille? Julie confie le mépris qu’elle ressentait et souligne aujourd’hui, avec le recul, la “méconnaissance des difficultés que ces femmes pouvaient rencontrer”.

C’est en devenant mère que Julie Hebting se rend compte qu’en tant que femme, elle évolue dans un milieu “très sexiste” et qu’elle a, à son insu, intériorisé et reproduit des comportements misogynes. La prise de conscience est telle que la jeune mère décide de quitter son job de cadre et de se réorienter dans l’économie sociale et solidaire avant de fonder Maydée, une association créée en 2017 et une application lancée officiellement le 2 avril dernier. Interview. 

 

Comment est née Maydée?

J’ai quitté le commerce de gros pour ouvrir avec des ami·e·s La boutique sans argent, premier magasin gratuit de France, qui repose sur le don collaboratif. J’ai commencé à temps partiel puis j’ai travaillé jour et nuit avec, en plus, un enfant de 6 mois à la maison. La fatigue était très présente et j’ai pris conscience que ce n’était pas possible de continuer comme ça, d’autant plus que mon conjoint ne se rendait pas compte de tout l’impact que cela avait sur ma santé et mon mental. Après une année, j’ai quitté ce projet avec l’idée de créer Maydée. Tout est parti d’une énième engueulade avec mon compagnon. J’ai dû lui demander de sortir les poubelles, il a soufflé et ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’ai alors commencé à noter tout ce que je faisais au quotidien en cherchant une application me permettant de pouvoir le faire. Le principe existait mais était pensé pour les indépendant·e·s. Je me suis alors dit que j’allais la créer afin de sensibiliser le grand public et de faire de la répartition des tâches ménagères un véritable sujet faisant partie d’un système à décortiquer. 

Comment fonctionne l’application?

L’application permet de chronométrer ou de déclarer a posteriori une action terminée. L’idée est d’avoir une représentation globale de ce que l’on fait au quotidien et de dépasser les biais que l’on se donne à soi-même. Souvent, les femmes ont la sensation que la répartition des tâches ménagères devient inégale quand elles supportent plus de 72% de la charge. Les hommes, de leur côté, ont souvent envie de faire beaucoup mais ils en font assez peu car ils ne se comparent pas à leurs compagnes mais à leurs pères et leurs pairs. Ils ont l’impression d’en faire plus qu’eux, ce qui est peut-être vrai, alors que c’est toujours leurs compagnes qui supportent davantage la charge. Ensuite, l’application va permettre de comparer les statistiques du couple et d’observer l’évolution des pratiques au sein du binôme. Enfin, elle permet d’offrir une base de dialogue qui va au-delà du ressenti de chacun·e. On me demande souvent si je n’ai pas peur que des couples se disputent à cause de mon application mais je pense que les gens ne l’ont pas attendue pour le faire! Les données permettent justement de ne pas être dans la passion mais le concret… même si je vois des limites à l’outil: la serpillière, par exemple, je pense que les femmes la passeront plus longtemps que leurs conjoints… Ce sont des choses à garder en tête. 

À qui s’adresse Maydée?

Maydée est une application que l’on souhaite accessible à tou·te·s. Même si l’application est dégenrée au maximum, permettant ainsi aux couples homosexuels de s’en saisir, on a conscience que la problématique est beaucoup plus présente chez les couples hétérosexuels. 

“S’investir dans d’autres espaces que le monde professionnel pourrait être intéressant pour les hommes.”

Quels bénéfices souhaites-tu que l’application ait auprès des couples et foyers qui vont l’utiliser?

Je souhaite que les tâches domestiques deviennent un vrai sujet concernant l’aspect économique et l’indépendance des femmes. Je souhaite que l’on se préoccupe de la santé mentale des femmes, notamment à l’arrivée du premier enfant. J’étais très seule et en difficulté à ce moment-là de ma vie, et je pense que beaucoup de femmes l’ont été également, le sont et le seront. On déconstruit progressivement le mythe de la maman parfaite mais on en est encore au point où la société nous renvoie que tout est sur nos épaules. Je pense aussi que Maydée peut être bénéfique aux hommes: s’investir dans d’autres espaces que le monde professionnel pourrait être intéressant pour eux. 

Titiou Lecoq parlait de Maydée dans son livre Libérées, publié en octobre 2017. Pourquoi le lancement de l’application a-t-il pris autant de temps? 

J’ai reçu beaucoup de mépris autour du projet, de la part d’hommes comme de femmes, et cela a été très dur de lever des fonds. On remettait en question mon couple, la nature même et l’importance du sujet, on parlait de “projet de ménagère”. Certaines femmes cadres supérieures me disaient qu’elles n’avaient pas de problèmes à la maison parce qu’elles avaient du personnel… Mais me concernant, je n’ai pas envie que l’égalité dans mon couple tienne uniquement au fait qu’une autre personne est payée pour se charger des tâches ménagères. Heureusement, j’ai la chance d’être accompagnée depuis le début par une équipe de bénévoles, d’avoir pu bénéficier d’un accompagnement de la part de Social Builder, à la suite du hackathon #HackEgalitéFH organisé par le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes et dont je suis sortie lauréate. À ce moment-là, j’étais à deux doigts de lâcher le projet. Mais la région a mis une première enveloppe, puis le secrétariat d’État a suivi. 

“Avec le confinement, parler de la répartition des tâches ménagères est primordial.”

Tu as décidé de lancer l’application pendant le confinement, pour quelles raisons?

La livraison de l’application a eu du retard donc nous avons décidé de la rendre publique autour du 7 avril, journée mondiale du travail invisible. D’autant plus qu’avec le confinement, parler de la répartition des tâches ménagères est primordial car on se retrouve à la maison avec plein de missions! J’ai un peu hésité quand j’ai lu le rapport de la Préfecture de Paris disant qu’avec le confinement, les violences domestiques avaient augmenté mais je me dis que l’inégale répartition des tâches ménagères est une forme de violence et j’ai envie que cela sorte, d’exposer l’application au grand public, avoir des retours et pouvoir l’enrichir et tous et toutes ensemble!

Tu parles sur le site de Maydée des difficultés que tu as rencontrées en tant que jeune mère… Est-ce que l’application a été bénéfique pour ton couple?

Oui, complètement! Mon conjoint a par exemple pris les 15 jours enfant malade qui ont été mis en place dans l’urgence avec le confinement, pour que je puisse continuer mon activité. Je ne suis pas sûre qu’il l’aurait fait si nous avions eu le même cas de figure il y a trois ans. Aujourd’hui, je pense que l’on est un couple exemplaire, on est sur un modèle très partagé! 

Maydée n’est pas qu’une application, il s’agit aussi d’une association, fondée en 2017. Quels sont les autres leviers d’action?

Nous faisons également de l’animation grand public lors d’événements, comme au festival We Love Green l’an dernier. Cette année, nous avons été présent·e·s au forum de la mairie de Paris. Nous souhaitons également nous rendre plus tard dans les écoles et collèges et sensibiliser le grand public dans les PMI, maison de protection maternelles et infantiles.

Propos recueillis par Arièle Bonte


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