société

Entre espoirs et inquiétudes, les militantes écolo face au “monde d’après”

Privées de manifs pendant la crise sanitaire, les militantes ne se laissent pas abattre. La perspective d’un monde post-Covid-19 plus vert a même renforcé leurs engagements.
© Instagram/@adelaidecha
© Instagram/@adelaidecha

© Instagram/@adelaidecha


Pas de trêve pour la lutte climatique et la protection de la biodiversité pendant la crise sanitaire. Au contraire, pour les militant·e·s écolos, la pandémie marque un tournant majeur, porteur d’espoir et de renouveau. “Cette crise a permis un truc incroyable: transformer en l’espace de quelques semaines en Europe la manière dont on voit la possibilité de changer de système. On est à un point de rupture. C’est à nous, la société civile, de nous faire entendre et de pousser le gouvernement à prendre les bonnes décisions, déclare Elodie Nace, porte-parole d’Alternatiba. Certaines alternatives, comme les AMAP et les circuits courts, ont explosé pendant le confinement. Il y a une prise de conscience autour du système de consommation actuel, qui n’est pas viable. Même son de cloche pour Solène Ducretot, cofondatrice du collectif écoféministe Les Engraineuses, qui se réjouit de voir la notion du “care” -incarnée notamment par les métiers du soin, mais qui s’applique aussi à la protection du vivant- “gagner en visibilité dans la société”.

 

Des engagements plus forts

Pour Ophélie Damblé, créatrice de la chaîne YouTube Ta Mère nature dédiée à l’agriculture urbaine, la crise marque aussi un virage dans son engagement personnel. En ce moment, je lis beaucoup de choses sur l’anarchisme, je suis en train de me radicaliser, révèle-t-elle. C’est un mot qu’on emploie souvent de manière négative, mais qui désigne simplement un engagement de plus en plus fort. Avant, je mangeais végétarien, je plantais mes petites graines… Je me rends compte que les petits gestes du quotidien ne suffisent pas même s’ils sont importants, qu’il faut une dimension collective et politique. Elle évoque alors l’enjeu de l’autonomie, notamment alimentaire, qui regroupe une foule de savoirsqu’on doit se réapproprier aujourd’hui. Pour moi, jardiner, c’est résister, affirme celle qui rêve d’“une ville sans voitures, avec des routes débitumisées et des plantes à la place

 

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 

[NOUVELLE VIDÉO] Fière comme tout de collaborer avec l’association @agirpourlenvironnement , qui lutte depuis plus de 20 ans pour l’interdiction des pesticides et le développement de l’agriculture bio 🌱 Depuis quelques années, ils se sont lancés dans un grande opération appelée « Zones de Bzzz » pour que chaque citoyen et écoles puissent créer des espaces fleuris, source de biodiversité pour nos potos les pollinisateurs 🐝 Sans eux, ce sont 84% de nos espèces cultivées qui sont menacées. Alors parce qu’on n’a pas super envie de prendre leur relai avec une pince à épiler, je pense que l’option faire pousser des fleurs est à notre portée, et vachement plus fun 🌼 Direction YouTube (lien dans la bio) pour qu’on s’en parle un peu plus, et hâte de voir vos futures Zones de Bzzzzzzz ! 🌾🦋🌻 . . . . . . . #guerillagardening #greenguerilla #greencity #urbanplants #urbanjungle #beehappy #nopesticides #biodiversité #agirpourlenvironnement #agriculturebio #zonedebzzz #greenforce #agriculturebiologique #abeille

Une publication partagée par Ophélie Damblé (@ophelietamerenature) le

 

Ce confinement m’a accordé un temps de pause qui était nécessaire et m’a permis de m’interroger sur ma transition personnelle, indique de la même façon Victoria Berni, qui a lancé le Pays des Alternatives en été 2019 pour mettre en lumière des initiatives citoyennes (low-tech, permaculture, tourisme citoyen…) à travers des reportages. “Il m’a fait réaliser que je dois poursuivre la mission que je me suis donnée il y a un an. C’est de cette façon que j’ai l’impression de contribuer le plus à la société. Je ne me vois pas revenir en entreprise, précise cette ex-ingénieure reconvertie en “aventurière féministe altermondialistecomme elle se décrit sur son compte Instagram.

 

Et s’il n’y avait pas de “monde d’après”?

Moins optimiste, Elodie Nace estime que la crise actuelle, qui a “accentué les inégalités sociales”, n’a fait que “renforcer l’idée que la lutte climatique doit se faire dans une optique de justice sociale, en partant vraiment des besoins des gens. Et doute que les politiques prennent les bonnes décisions: “J’ai intégré depuis pas mal de temps le fait que ça ne va pas évoluer dans le bon sens. Une crainte partagée par Chloé Gerbier, la porte-parole de Notre Affaire à tous, une association pour la justice climatique et la défense des droits du vivant. “Ma plus grande peur est qu’il n’y ait pas cet après dont tout le monde parle, souffle-t-elle. Cette crise rend d’ailleurs bien plus probable la possibilité d’un effondrement.

Coordinatrice francophone du mouvement Youth for Climate en Belgique, Adélaïde Charlier pointe quant à elle les paradoxes des politiques, en espérant que celles/ceux-ci prendront à l’avenir davantage au sérieux les revendications portées par le mouvement lycéen et étudiant: “Pendant la crise, on a beaucoup plus écouté les experts et mis en place rapidement des mesures fortes, même si elles ont un coût énorme. Pourtant, nous les jeunes, quand on faisait face aux politiques, ils/elles nous disaient que ce n’était pas possible d’aller si vite, qu’il fallait le temps que les citoyen·ne·s acceptent la transition.

 

Cyber-manifs et plantage de graines

Privé·e·s de manifs, les militant·e·s ont aussi dû adapter leurs modes d’action et faire preuve de créativité. “Nous avons souvent recours aux actions de désobéissance civile et aux mobilisations dans la rue, rappelle Elodie Nace chez Alternatiba. La crise sanitaire suscite des réflexions sur la manière dont on peut se réinventer sans se mettre en danger ni mettre en danger les autres. À Tel-Aviv, il y a eu des manifestations respectant les règles de distanciation, cela donne des images assez impressionnantes. Le 1er mai, les manifs en France, auxquelles s’est joint Alternatiba, se sont déroulées sur les balcons et aux fenêtres. Les manifestant·e·s ont entonné Bella Ciao sur les coups de midi et inscrit sur des banderoles ce qu’ils/elles désiraient pour le “Jour d’Après”, avant de poster des photos sur les réseaux sociaux. Chez Youth for Climate, les grèves scolaires du vendredi se sont également reportées en ligne sous le hashtag #ClimateStrikeOnline. C’est sûr que ça n’a pas la même influence que si on était dans la rue, admet Adélaïde Charlier.

Ophélie Damblé, elle, s’est recentrée sur les basiques du jardinage dans ses dernières vidéos: Comment faire germer ses graines, faire son propre engrais naturel chez soi… Je me suis mise dans la peau de la personne lambda qui veut s’y mettre. Et poursuit ses actions de “guérilla green” consistant à végétaliser les espaces publics. Épidémie ou pas, rien ne m’empêche de semer quelques graines, sourit-elle. 

Sophie Kloetzli


2. La cheffe Laëtitia Visse boulonne la cuisine carnassière à Marseille

Normande d’origine, cette cheffe au caractère bien trempé a posé ses valises dans le sud de la France il y a deux ans et demi. Elle s’apprête à ouvrir un restaurant autour de la viande et des abats à Marseille. 
© Instagram/@adelaidecha - Cheek Magazine
© Instagram/@adelaidecha

4. J’ai testé pour vous: donner mes cheveux à une asso de lutte contre le cancer

Plusieurs associations récupèrent de longues mèches de cheveux pour les vendre au profit de femmes atteintes d’un cancer. Objectif: les aider à financer leur perruque et à retrouver leur féminité. Notre journaliste Arièle Bonte a testé l’expérience. 
© Instagram/@adelaidecha - Cheek Magazine
© Instagram/@adelaidecha

6. Médias: pourquoi les faits divers sont encore trop souvent traités de façon sexiste

Des femmes trop sexy pour être innocentes aux mères monstrueuses, en passant par le traitement des violences faites aux femmes: on vous explique pourquoi la rubrique faits divers de vos journaux est encore teintée de sexisme.
© Instagram/@adelaidecha - Cheek Magazine
© Instagram/@adelaidecha