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Avec Super Marché, Monia Sbouai fait de l'upcycling sa marque de fabrique

Fondatrice de la marque de vêtements Super Marché, Monia Sbouai pratique l’upcycling. Après avoir parcouru les friperies parisiennes, elle transforme ses trouvailles en trench chic ou en combinaison décontractée. Rencontre. 
© Joao Bolan pour “Argot Magazine”
© Joao Bolan pour “Argot Magazine”

© Joao Bolan pour “Argot Magazine”


Chic et uniques, les pièces de Monia Sbouai s’inscrivent dans une démarche écoresponsable. Passionnée de mode, la jeune femme de 31 ans a créé Super Marché, une marque de vêtements de seconde main, en 2016. Particulièrement amatrice de friperies car “les fringues de récup’ sont un bon moyen de faire des looks un peu cool avec pas grand-chose”, elle pratique l’upcycling, qui consiste à transformer de vieux vêtements en pièces de meilleure qualité. Une façon de recycler “vers le haut”. 

Après un diplôme d’éducatrice spécialisée, Monia Sbouai décide de partir à Londres pour poursuivre ses études dans la mode. Assistante de développement produit chez Kenzo, chargée de production puis cheffe de produit chez Maison Kitsuné, elle évolue un temps dans des marques de prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Même si elle avoue “avoir été épargnée” et ne pas avoir eu “à faire bosser des gens dans des conditions pas possibles”, la trentenaire est sceptique quant au rythme de production dans ces maisons. Ouverte en avril dernier, sa boutique est installée aux Grands Voisins, dans le 14ème arrondissement de Paris. C’est justement là-bas, entourée de ses créations, que la fondatrice a répondu à nos questions. 

Qu’est-ce que l’upcycling? 

C’est le fait d’ajouter de la valeur à un objet dont on ne sert plus en le transformant. “Up” en anglais signifie “au-dessus” et “cycling” veut dire “recycler”, donc littéralement ça donne: un recyclage par le haut. Contrairement au recyclage traditionnel, qui transforme un objet en autre chose, l’idée de l’upcycling est de garder la même utilité, la même fonction pratique d’un objet, mais avec une valeur ajoutée. 

En quoi ton entreprise est-elle sociale? 

Elle fait un lien avec le champ social à travers la fabrication. J’achète des vêtements de seconde main et, à partir de mes trouvailles, je coupe ce que je souhaite enlever et ajouter à ma nouvelle pièce. Ensuite, j’apporte tous ces éléments en kit à l’atelier avec lequel je travaille et des personnes en insertion professionnelle s’occupent de l’assemblage des pièces. J’ai choisi de travailler avec cet atelier parce que, en plus d’avoir les mêmes qualités de travail ou de finition qu’un atelier traditionnel, les salarié·e·s bénéficient de formations, comme l’apprentissage ou la lecture du français. Il·elle·s ont aussi des cours d’informatique pour les aider dans la recherche d’un logement, par exemple. 

Elle a créé Super Marché, une marque de vêtements “upcyclés”

Dans la boutique de Monia Sbouai, DR

Les femmes sont-elles les premières victimes de la fast fashion?

Au Bangladesh, 85% des ouvrier·e·s textiles sont des femmes. Elles gagnent moins de trois dollars par jour. Quand on parle de l’esclavagisme moderne dans l’industrie textile des pays en développement, qui sont de gros producteurs de prêt-à-porter, on parle surtout des femmes en réalité. Concrètement, ces dernières n’ont pas de vie, elles se consacrent uniquement à l’entreprise. Le collectif français Éthique sur l’étiquette milite d’ailleurs pour que ces travailleur·se·s perçoivent un salaire vital, c’est-à-dire qu’ils·elles puissent se nourrir, se loger, se soigner, avoir un accès à l’éducation et épargner.  

Selon toi, la fast fashion a-t-elle aussi un impact sur les consommatrices? 

Je pense que ça participe à un mal-être. J’ai beaucoup acheté dans la fast fashion quand j’étais plus jeune et souvent je me rendais compte, lors de l’essayage en cabine, que ça faisait 30 minutes que j’étais dans un magasin sans fenêtres, la musique et le chauffage à fond, et physiquement j’étais mal. Pour peu que la fringue n’aille pas, on vit un moment atroce, on se trouve moche et on continue à se sentir mal. Et quand on achète quelque chose, on a tout de suite envie de racheter, il n’y a pas de sentiment de satiété. On ne s’en rend pas forcément compte parce qu’il y a une grande excitation au moment de l’achat, mais c’est un plaisir très éphémère, je pense que ça fait vraiment du mal, psychologiquement, de consommer dans la fast fashion.

Tu fais partie du programme Lead Her de l’association Mouves, une initiative en faveur de l’entrepreneuriat social féminin, qu’est-ce que ça représente pour toi de faire partie de ce programme?

C’est chouette, quand on se voit avec les autres filleules ou les marraines, il y a un truc assez puissant de partage d’expériences, en toute sincérité, sans barrières. Je trouve beaucoup d’énergie dans le fait de pouvoir échanger très simplement et ouvertement des problèmes qui sont communs ou propres à chacune. Avec ma marraine, on se fixe un rendez-vous par mois et c’est cool d’avoir une interlocutrice privilégiée pour parler de mes projections entrepreneuriales, des difficultés rencontrées, etc. C’est un vrai soutien. Je tiens au courant mon entourage de l’évolution de mon entreprise mais quand j’ai des questions plus précises, je vais prendre rendez-vous avec ma marraine. Ça me permet aussi de coupler vie personnelle et vie professionnelle! 

Propos recueillis par Wendy Le Neillon


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© Joao Bolan pour “Argot Magazine” - Cheek Magazine
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