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Elle sera bientôt la première femme rabbin de la communauté juive orthodoxe française

Âgée de 23 ans à peine, Myriam Ackermann-Sommer devrait devenir la première femme rabbin orthodoxe de France une fois son diplôme en poche. 
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Alors qu’un millier de femmes dans le monde ont rejoint le rabbinat, le cas de Myriam Ackermann-Sommer, née à Perpignan en 1996, est inédit chez les juif·ve·s orthodoxes de France. En effet, elle suit actuellement une formation pour devenir la première femme rabbin de ce courant dont la tradition exclut les femmes du pouvoir religieux. Plus globalement, la religion juive a toujours placé la séparation entre hommes et femmes au cœur de sa pratique et sa trajectoire semble donc particulièrement iconoclaste. 

Issue d’une famille juive non-pratiquante, c’est pendant son adolescence que Myriam Ackermann-Sommer découvre la voie orthodoxe du judaïsme, notamment grâce à son oncle, le rabbin Alexis Blum. Malheureusement, son engouement pour l’étude des textes sacrés se heurte alors au manque d’enseignement religieux exigeant ouvert aux femmes dans sa communauté; elle doit alors partir aux États-Unis pour effectuer une formation de rabbin.

“Je veux changer les choses au sein de mon courant, le judaïsme orthodoxe de France.”

Soutenue par sa famille et ses amis, elle est aujourd’hui inscrite à la Yeshivta Maharat de New York, une école religieuse appartenant au mouvement des “modern orthodox”. Elle y développe, avec l’aide de son mari, un cercle d’études du Talmud, Ayeka, et entend ouvrir la communauté orthodoxe à des problématiques actuelles telles que l’intégration des personnes LGBTQI+ dans les rites, l’égalité des sexes ou encore l’écologie. Interview. 

Rabbin, rabbine ou encore “rabbi”?

Aujourd’hui encore, la communauté orthodoxe de France ne me semble pas prête à accepter l’appellation de “rabbine”, car elle le percevrait comme une volonté de rupture. C’est pourquoi, à l’occasion, je me ferai appeler “rabbanite”, un titre qui traditionnellement était attribué à la femme du rabbin et dont j’aimerais donner un sens nouveau. En effet, la rabbanite a toujours implicitement eu un rôle de leader au sein de la communauté, et en choisissant ce titre, je veux me situer dans la continuité de cette tradition. 

Qu’est-ce qui t’a poussée à suivre une formation pour devenir rabbin?

En fait, c’est mon mari qui m’a convaincue de m’inscrire en école rabbinique. Il m’a lancé un défi quand je lui ai dit qu’il devait devenir rabbin -car je l’ai aussi convaincu-, il m’a dit “alors toi aussi”. Et j’ai accepté. En revanche, à Paris, quand j’ai commencé à m’intéresser à l’étude du Talmud, les écoles orthodoxes me répondaient qu’il n’y avait pas de cours pour les femmes. C’est la raison pour laquelle je suis partie aux États-Unis avec mon mari pour recevoir une formation approfondie autrefois réservée aux hommes. J’ai fait ce choix afin de changer les choses au sein de mon courant, le judaïsme orthodoxe de France. Et mon mari me soutient car il est convaincu que nous ratons des milliers de “Maïmonide” ou de “Rachi” (Ndlr: des grands sages juifs) en ne donnant pas la même éducation aux femmes. Pour moi, le fait que les femmes ne puissent pas étudier leurs propres traditions implique souvent que leurs demandes spirituelles ne soient pas prises en compte. Beaucoup de femmes délaissent ainsi le judaïsme et la pratique religieuse car elles ne se sentent pas représentées par le rabbinat classique.

 

Et pourtant, des femmes rabbins en France, il y en a quatre actuellement…

Oui et ce sont des femmes que j’apprécie énormément. Cependant, elles s’inscrivent toutes dans le courant libéral. Pourtant, même chez les libéraux, souvent plus progressistes, l’idée d’une femme rabbin a eu du mal à s’imposer. Delphine Horvilleur racontait avec dérision qu’elle était appelée “Madame le rabbin” à ses débuts dans la synagogue. 

Dans tes conférences, tu parles souvent de l’égalité femmes-hommes, te considères-tu féministe? 

Si le féminisme, c’est défendre les mêmes droits et devoirs pour les hommes et les femmes, oui, je suis féministe. En revanche, je ne vois pas la nécessité de développer un judaïsme exclusivement féministe ou un judaïsme LGBTQI+ car nous perdrions une partie de notre tradition. Mais il s’avère que je suis une femme et que cela me donne une vision des textes sacrés que l’on peut dire plus complète et plurielle.

Le mouvement de l’orthodoxie moderne auquel tu appartiens prône une vision plus ouverte aux changements de la société. Comment comptes-tu intégrer la dimension égalitaire dans le rite?

Nous serons respectueux·ses quant au développement de la loi juive: les hommes et les femmes seront toujours séparé·e·s mais de manière complètement égale, avec une séparation fine et basse au milieu de la pièce, contrairement à ce qu’on peut trouver dans les synagogues orthodoxes classiques où les femmes sont reléguées au fond ou à l’étage. De plus, les femmes et les hommes se répartiront les rôles dans la prière.

“La tradition juive ne dicte pas de rejeter les minorités LGBTQI+.”

Tu as rencontré Beit Haverim, l’association juive LGBTQI+ de France. Es-tu favorable au mariage homosexuel juif? 

Le judaïsme accorde beaucoup d’importance à la continuité générationnelle. C’est pourquoi nombre de courants religieux craignent de répondre aux demandes sociales, par peur d’un bouleversement des cadres établis. Il faut cependant savoir différencier le nécessaire respect de la loi juive et une homophobie latente chez certains: la tradition juive ne dicte pas de rejeter les minorités LGBTQI+. Et si nous voulons continuer à faire vivre la Torah, nous devons pouvoir répondre aux problématiques contemporaines de la communauté, sinon nous n’aurons rien à transmettre aux générations futures. Avec la communauté LGBTQI+, il est nécessaire d’aller plus loin que la simple “tolérance”, il faut les accueillir et être ouvert·e·s à leur expérience et parfois à leur souffrance.     

Propos recueillis par Guillermo Rivas Pacheco