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Dans son roman, Nadia Hathroubi-Safsaf resserre les liens entre juifs et musulmans

Dans Ce sont nos frères et leurs enfants sont nos enfants, Nadia Hathroubi Saf-Saf revient sur la solidarité des musulmans envers les juifs pendant la Deuxième guerre mondiale et propose un éclairage inédit sur cette période.
© Wafaa El Yazid
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À une époque où la fraternité entre communautés ne va plus de soi, le roman de Nadia Hathroubi-Safsaf, paru en début d’année, a quelque chose de réconfortant. Le titre, Ce sont nos frères et leurs enfants sont nos enfants, annonce la couleur d’une histoire d’amitié transgénérationnelle entre une famille juive et une famille musulmane, née pendant la Shoah, poursuivie pendant la guerre d’Algérie, et mise à l’épreuve du conflit israélo-palestinien. Des thèmes brûlants que Nadia Hathroubi-Safsaf, 39 ans, rédactrice en chef au Courrier de l’Atlas, se réapproprie avec justesse pour nous rappeler que l’amitié entre juifs et musulmans est une réalité historique qu’il n’est peut-être pas impossible de sauver. Interview.

Comment est née cette histoire d’amitié entre les personnages Anne, juive, et Leïla, musulmane?

Ça fait très longtemps que j’y pense; tout a commencé quand je suis partie en Palestine pour la première fois en 2003. Ce voyage m’a beaucoup marquée car j’ai vu des choses difficiles quand je suis allée à Gaza, Hebron et Bethléem, et en même temps, quand je suis rentrée, j’avais moins de certitudes sur le conflit israélo-palestinien, qui ne se résumait pas aux gentils d’un côté, aux méchants de l’autre. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à avoir envie d’écrire une fiction, mais j’avais peur car le sujet est touchy en France.

“J’ai toujours eu des amis de toutes religions, quand j’étais ado, on s’en foutait complètement.”

Qu’est-ce qui te faisait peur?

J’avais peur qu’on dise que je n’étais pas légitime pour écrire sur la Shoah, alors que j’ai fait beaucoup de recherches. Mais pour l’instant, j’ai eu pas mal de retours positifs, et notamment d’une prof d’histoire, donc je suis un peu rassurée. (Rires.) J’ai grandi dans un quartier parisien très mélangé, et j’ai toujours eu des amis de toutes religions, quand j’étais ado, on s’en foutait complètement. J’ai eu envie de recréer cette fraternité qui a vraiment existé, et qui est moins évidente aujourd’hui, en partie parce que les médias renvoient sans cesse les deux communautés dos à dos.

As-tu fait beaucoup de recherches?

Oui, sur la Shoah, mais aussi sur l’histoire du parti communiste, sur les résistants maghrébins et sur le massacre du 17 octobre 1961, où des centaines de manifestants algériens ont été assassinés par la police française. Le grand-père de la protagoniste a traversé tous ces moments historiques. Je suis d’origine tunisienne et non algérienne, mais ce personnage aurait pu être mon père ou mon grand-père, arrivé en France avec rien. Il y a eu très peu de livres ou de films sur le rôle des immigrés maghrébins en France pendant la Deuxième guerre mondiale, alors que le recteur de la Grande mosquée de Paris a été très solidaire de la communauté juive. C’est dommage car ça apporte un éclairage intéressant sur cette période, on devrait l’enseigner à l’école.

“Ce que j’aimerais qu’on retienne de ce roman, c’est ‘Aimez-vous, bordel de merde!’

Pourquoi publier un tel roman cette année?

Il aurait dû sortir l’année dernière mais j’ai pris du retard: je ne voudrais pas qu’on me reproche de tomber dans la facilité, après l’année 2015 qu’on a passée en France. Je travaille sur ce projet depuis longtemps, et le hasard a voulu que je le publie maintenant, il n’y avait pas d’arrière-pensée, si ce n’est que j’ai toujours défendu le vivre-ensemble, et que je voulais faire découvrir la vie d’un immigré algérien en 1939 en France.

Es-tu optimiste sur la capacité des Français juifs et des musulmans à vivre ensemble?

Je sais juste qu’une fois qu’on s’est rencontrés, la plupart des a priori tombent. Ce que j’aimerais qu’on retienne de ce roman, c’est “Aimez-vous, bordel de merde!” (Rires.) Mais je sais aussi que ce message fraternel n’est pas celui que les médias retiennent car il ne met personne dans des cases. En tout cas, même si ce livre doit rester confidentiel, je suis tellement contente qu’il existe! Je réfléchis d’ailleurs à une suite, et pourquoi pas, à une adaptation au cinéma.

Propos recueillis par Myriam Levain


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