société

Pain fait maison, télétravail et héroïnes ordinaires: que nous restera-t-il du confinement?

Assigné·e·s à domicile pendant deux mois, nous avons dû nous adapter à un rythme de vie radicalement différent de celui que nous avons l’habitude de mener. L’occasion de prendre de nouvelles habitudes, mais aussi de réfléchir à la société que nous voulons -et à la place qu’occupent les femmes dans l’Histoire. 
“Valeria” © Netflix
“Valeria” © Netflix

“Valeria” © Netflix


Du confinement, mot qui ne faisait pas partie de notre vocabulaire il y a encore trois mois, tout ou presque a été écrit. De nombreux constats ont été dressés: nous nous sommes rendu compte que nous pouvions majoritairement travailler depuis chez nous, que le fait maison est souvent la solution, que les femmes en couple hétéro restaient victimes de la charge mentale malgré la présence de leur conjoint à la maison, que nous n’avions finalement peut-être pas besoin de nous épiler, que les métiers les plus utiles à la société n’étaient pas forcément les mieux payés, et que les violences conjugales ne connaissaient pas de trêve pandémique. Mais une fois le confinement levé, que reste-t-il de tout cela? Passage en revue non exhaustif des petits et grands souvenirs que pourrait nous laisser cette période particulière. 

 

Dans la vie de tous les jours: un quotidien plus conscient?

Lucie en est sûre: certaines des habitudes prises pendant le confinement lui resteront. Fini, les soutiens-gorges à armatures et les jeans qui me compressent, promet-elle. Une libération des injonctions à la féminité qui n’aurait pas été possible si elle avait continué à aller au bureau, estime la jeune femme. Dans un autre registre, Gabrielle, 24 ans, s’est prise de passion pour le pain au levain maison et le yoga.Très cliché, admet-elle, mais toujours est-il que ce sont ces petits changements du quotidien qui lui ont permis de tenir le confinement. Bien sûr, tout est conditionné au temps que j’aurai avec le travail en présentiel et à la vie sociale qui reprendra, mais avec les cours en ligne et mon regain d’intérêt pour la cuisine, je me suis rendu compte à quel point c’était important de prendre soin de soi.De petites habitudes qu’elle espère conserver, donc, mais dont elle a conscience qu’elles sont un privilège de classe. Déjà très engagée dans la lutte pour les droits des femmes, cette période où tout s’est exacerbé a encore renforcé sa volonté d’agir. J’ai encore plus pris conscience de mes privilèges, mais aussi des inégalités femmes-hommes qui nous touchent toutes et tous, et ça a multiplié mon besoin de militer.

 

Au travail: moins d’open-space, plus de bienveillance?

Autre gros changement pour celles et ceux dont la présence en entreprise n’est pas requise: le rapport au travail. Si Lucie sait désormais qu’elle n’est pas faite pour travailler enfermée chez elle, d’autres personnes se sont découvert beaucoup plus efficaces et à l’aise dans cet environnement réconfortant. Quelque 62% des Français·e·s souhaitent télétravailler plus régulièrement avec le prolongement des mesures sanitaires d’urgence, et d’ailleurs le télétravail sera la norme pendant tout l’été, pour les secteurs qui le permettent. Et certaines entreprises pourraient bien normaliser cette solution -d’autant plus que de nombreux·ses urbain·e·s souhaitent passer au vert et déménager en campagne.Outre le cadre de travail, ce confinement confronte beaucoup de managers à de nouvelles questions: dans quelle situation privée se trouve mon employé·e? Est-il/elle aidé·e pour la gestion des enfants? A-t-il/elle des difficultés financières? À force de réunions Zoom où l’on voit l’environnement privé des un·e·s et des autres, le management se fait ménagement, appuie Laetitia Vitaud, autrice et conférencière spécialiste du futur du travail et de la consommation. On l’a notamment vu dans les mails, où les ‘cordialement’ ont été remplacés par des ‘prenez-soin de vous’.

 

Dans la société: une reconnaissance du travail invisible? 

Espérons toutefois que ce ne sera pas la seule évolution positive du monde du travail.Ce que nous a montré cette pandémie, c’est que les métiers les plus utiles à la société, lorsqu’ils sont exercés en majorité par des femmes, sont médiocrement payés, s’insurge Ophélie Latil, fondatrice du collectif Georgette Sand, qui œuvre à la visibilisation des femmes dans l’espace public. Soignantes, caissières, institutrices, mères qui ont dû concilier vie professionnelle, école à la maison et gestion du foyer… Cela a été souligné à maintes reprises, les femmes ont été en première ligne pour la gestion de la crise sanitaire. Ne nous applaudissez pas pour notre travail, payez-nous mieux, interpellent les soignant·e·s sur les réseaux sociaux. Un premier pas a été fait en ce sens, le gouvernement ayant annoncé une prime de 1000 euros pour les soignant·e·s ayant travaillé pendant le confinement -ce qui reste dérisoire pour le service rendu à la société, estime Ophélie Latil. Malgré cette prise de conscience semble-t-il généralisée, on continue à demander aux femmes de mettre leur temps à profit de la société en pensant qu’il est gratuit, comme on l’a fait avec les couturières à qui on demande de faire des masques bénévolement.

 

Dans l’Histoire: des héroïnes? 

L’Histoire gardera-t-elle en mémoire ces couturières, infirmières, caissières, enseignantes, régulièrement élevées au rang d’héroïnes au milieu de la crise? Malheureusement, les femmes sont toujours invisibilisées dans l’Histoire, souligne la fondatrice de Georgette Sand. Il est d’autant plus nécessaire de créer des archives, de prendre des photos, de raconter nos histoires. Avec le collectif, nous allons continuer ce travail, comme nous le faisons avec le projet de musée en ligne des femmes qui devraient être au Panthéon. C’est très bien que ce genre d’initiatives existent, mais il va falloir arriver dans une ère de gratitude économique…Je ne suis pas forcément optimiste non plus, concède Sylvie Aprile, professeure d’histoire à l’université Paris-Nanterre. Malheureusement, tout cela passe par l’égalité de salaires et on a bien vu qu’elle était loin d’être acquise. On considère souvent que les femmes ont des compétences innées, qui ne sont pas sanctionnées par un diplôme, et que donc leur dévotion est normale.En d’autres termes, rien ne sort de l’ordinaire lorsque les femmes gèrent l’intendance de la société, alors pourquoi l’Histoire devrait-elle les retenir? La mémoire passe par la reconnaissance -économique notamment, appuie Sylvie Aprile. On est encore loin du compte. 

Noémie Leclercq 


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