société

Témoignage

PMA: Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, il raconte

Alors que la PMA devrait bientôt être accessible à toutes les femmes, la demande en sperme pourrait tripler dans les années à venir. En France, chaque année, seulement 400 hommes donnent leur sperme dans des Cecos (Centre d’études et de conservation des œufs et du sperme humain). Aurélien, un Breton de 29 ans, a accepté de nous raconter son don de sperme à Brest.
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR

Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR


“J’ai entendu parler du don de sperme pour la première fois il y a une dizaine d’années, à Rennes. En soirée, une fille est venue m’aborder. Elle faisait des études de sexologie ou de psychologie et on avait parlé du manque de donneurs et de l’utilité du don de sperme. Cette discussion m’a trotté dans la tête les semaines qui ont suivi. Je me souviens en avoir parlé à ma copine de l’époque qui avait été choquée, elle n’était pas du tout chaude pour que je donne. Je ne voulais pas la froisser, alors j’en suis resté là. Début 2019, nouveau déclic, toujours en soirée. J’en discute avec un ami d’ami qui était en plein dans les démarches. J’ai senti que j’avais évolué en 10 ans, le choix de donner m’a paru plus clair. Le lendemain, j’en parle aux ami·e·s qui étaient à cette soirée, qui étaient assez ouvert·e·s et encourageant·e·s. 

J’ai fait des recherches et j’ai contacté un Cecos. Avant de me lancer, je savais juste que ça prenait du temps entre le moment où on déclare sa volonté de donner et le premier don. J’avais vu des chiffres impressionnants sur le temps d’attente pour recevoir du sperme avant une FIV (fécondation in vitro), à cause du manque de donneurs, ça peut aller jusqu’à deux ans. Tu ajoutes à ça le temps de se rendre compte qu’on ne peut pas avoir d’enfant, des démarches et que le dossier soit accepté, c’est hyper long. Ça m’a donné envie de foncer. Il n’y a que 400 Français qui donnent leur sperme chaque année, sur des millions d’hommes de 18 à 45 ans en capacité de le faire. 

 

“Vous savez, les places sont chères”

Je suis allé au Cecos, une secrétaire m’a donné un formulaire pour être rappelé et j’ai été recontacté un mois et demi après, par téléphone. Un rendez-vous était fixé six mois plus tard. Je devais bloquer un vendredi entier. Je ne savais pas si je serais disponible à cause du boulot. J’ai un peu douté et la dame au téléphone m’a dit “vous savez, les places sont chères”. Je pense qu’elle voulait dire que c’était compliqué de trouver un créneau mais, sur le coup, ça m’a refroidi. J’imagine qu’un potentiel donneur qui annule au dernier moment doit mettre dans la merde pas mal de monde. J’ai accepté et j’ai réussi à me libérer le jour J. 

Le jour du premier entretien, je suis arrivé au Cecos vers 9h30, sans passer par le bureau des entrées de l’hôpital. Tout s’enchaîne très vite, j’ai vu un médecin qui m’a expliqué le don du sperme, m’a demandé pas mal de trucs sur mon alimentation, l’abstinence, les consommations de drogues, l’alcool, ma profession et qui m’a fait signer des autorisations pour un spermogramme, pour faire des stats sur les donneurs et pour la recherche. 

 

Une télé mais pas de revues érotiques 

Ensuite, j’ai eu mon premier prélèvement et un test d’urine. Pour le prélèvement, j’ai été bien guidé. Il ne faut pas avoir éjaculé 72 heures avant le don. J’ai été conduit dans les “salles de masturbation”. Là, une technicienne de laboratoire m’a donné un réceptacle en plastique dans lequel je devais éjaculer. J’ai dû laver mon sexe pour éliminer le plus possible les risques de contamination. J’étais seul dans une salle avec une télé avec des films pornos et une télécommande dans un sac plastique changé entre chaque donneur. Ils ont abandonné les vieux magazines pornos pour des raisons d’hygiène. Puis, j’ai rendu le réceptacle à la technicienne et c’était fini. 

Ensuite, une généticienne a dressé mon arbre généalogique, avec mes parents, grands-parents, frères et sœurs, oncles et tantes et cousin·e·s germain·e·s pour savoir si ces personnes n’avaient pas eu de soucis de santé particuliers. Elle a listé toute une série de maladies transmissibles génétiquement dont je n’avais jamais entendu parler et je devais dire si une personne de ma famille en était atteinte. Il en suffit d’une pour que la procédure s’arrête immédiatement. La généticienne m’a fait des ordonnances pour des prélèvements sanguins afin de dresser mon caryotype (une carte génétique des chromosomes) et des tests sur la mucoviscidose. Être porteur sain de cette maladie rend ton sperme inutilisable. 

 

Un congé pour donner ses gamètes

Une consultation avec un psychiatre est obligatoire pour les personnes qui n’ont jamais eu d’enfants. Celle que j’ai rencontrée m’a demandé de me raconter pour me mettre à l’aise avant de basculer vers des questions plus intimes. Elle voulait savoir si j’avais des proches ou des ami·e·s dans l’incapacité d’avoir des enfants. C’est le cas de beaucoup de donneurs mais pas le mien. Je pense que c’était une sorte d’examen de motivation. Je suis ressorti vers 16 heures du Cecos. Niveau disponibilité, il faut poser un jour de congé pour tous ces premiers rendez-vous. J’ai eu de la chance que mon travail me permette de le faire. Peut-être faudrait-il imaginer un moyen de compenser ces congés ou que ça soit toléré dans les entreprises? On peut être défrayé pour le stationnement et le repas du midi. Je pense que les Cecos essaient de faire le maximum pour faciliter ces batteries de tests et de rendez-vous.  

Le seul truc qui m’a fait tiquer, c’est la levée de l’anonymat des donneurs prévue dans le projet de loi bioéthique. Quand j’ai lancé la démarche, c’était clair et net que j’allais rester anonyme. Ça va sûrement changer. Le premier médecin que j’ai vu m’a parlé d’un papier pour que l’enfant conçu avec mon don puisse accéder à mes informations. Pour l’instant, je n’ai pas eu besoin de le signer, mais une fois la loi adoptée, mon sperme pourrait devenir inutilisable. Ceux qui ont déjà donné comme moi pourraient être convoqués pour signer ce nouveau document.

 

Rencontrer l’enfant issu de son sperme

J’estime que c’est un droit de savoir qui est son père biologique. C’est normal que l’enfant ait envie de savoir d’où il vient. Le donneur représente juste un patrimoine génétique, purement biologique. Il ne fera pas partie de la famille de l’enfant. Il ne doit rien, et l’enfant ne lui doit rien non plus. Je dis ça, mais c’est impossible de savoir comment je réagirai dans 20 ans, si quelqu’un vient toquer à ma porte pour me dire que je suis son père biologique. Je pense que je serai ému. On aura forcément des choses à se dire. Peut-être que des liens pourraient se tisser? Ça doit être bizarre de retrouver des expressions communes chez un inconnu. Je suis célibataire pour le moment, mais si dans 20 ans je partage ma vie, ce sera avec quelqu’un qui sera d’accord avec mon choix d’avoir donné. J’en parlerai forcément si je débute une nouvelle relation.

Les secrétaires, les infirmières, les médecins m’ont toutes très bien reçu. Elles trouvaient chouette de donner sans qu’un proche soit concerné. Elles m’ont dit qu’il fallait parler davantage du don de gamètes pour inciter davantage de personnes à donner. En tout, j’ai fait quatre dons. Je donne pour aider les autres mais c’est aussi une démarche personnelle. Pour moi, donner son sperme, ça ne relève pas de l’exploit, c’est comme un don du sang, sauf que ça permet aux gens qui veulent avoir des enfants et ne le peuvent pas d’être heureux. Le fait d’être rémunéré aurait pu me rebuter, ça me gêne de savoir que des hommes donneraient pour de l’argent. Idéalement, je préfère que ça soit gratuit. C’est une démarche humaniste, pour aider, sans contrepartie. J’ai envie de dire aux gens qui hésitent: “Renseignez-vous, et si vous vous sentez psychologiquement prêt·e à donner, ne vous laissez pas décourager par des aspects pratiques.

Propos recueillis par Guillaume Hubert 


2. La cheffe Laëtitia Visse boulonne la cuisine carnassière à Marseille

Normande d’origine, cette cheffe au caractère bien trempé a posé ses valises dans le sud de la France il y a deux ans et demi. Elle s’apprête à ouvrir un restaurant autour de la viande et des abats à Marseille. 
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR  - Cheek Magazine
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR

4. J’ai testé pour vous: donner mes cheveux à une asso de lutte contre le cancer

Plusieurs associations récupèrent de longues mèches de cheveux pour les vendre au profit de femmes atteintes d’un cancer. Objectif: les aider à financer leur perruque et à retrouver leur féminité. Notre journaliste Arièle Bonte a testé l’expérience. 
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR  - Cheek Magazine
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR

6. Médias: pourquoi les faits divers sont encore trop souvent traités de façon sexiste

Des femmes trop sexy pour être innocentes aux mères monstrueuses, en passant par le traitement des violences faites aux femmes: on vous explique pourquoi la rubrique faits divers de vos journaux est encore teintée de sexisme.
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR  - Cheek Magazine
Aurélien, 29 ans, a donné son sperme à plusieurs reprises, DR