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Je ne parle plus à ma mère et je vais bien

Faut-il couper les ponts avec une mère toxique? Celles qui ont franchi le pas ne s’en portent pas forcément plus mal. 
© Daniel Angeli
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Maman, c’est toi la plus belle du monde…”, chantait Luis Mariano avec son accent du Pays basque. En cette période de fête des mères, pourtant, n’oublions pas que pour beaucoup, maman n’est pas vraiment un ange. Dans la réalité, elle est parfois froide, jalouse, égoïste, absente, bref… humaine. Si les relations mère-fille sont souvent idéalisées, ce n’est pas toujours en happy-ending façon LOL que les choses se terminent. Dans la vraie vie, toutes les mères ne viennent pas s’excuser en nous embrassant sur le front à la fin d’une dispute, et tous les conflits ne s’effacent pas d’un simple revers de main. Lorsque déceptions et souffrances sont devenues insurmontables, certaines ont donc préféré rompre la discussion, le silence valant parfois mieux que le dialogue de sourdes. Mais comment vivre quand on a fait le choix de ne plus parler à sa mère, alors que le monde s’évertue à nous répéter qu’“une mère on en a qu’une”, et que les magazines nous abreuvent de conseils pour améliorer notre relation avec cette dernière?

 

Ma mère, cet être humain (ou pas) comme les autres

Il est parfois compliqué de faire comprendre à son entourage que l’on ne parle plus à sa mère. En dépit des raisons qui ont motivé cette décision, cette annonce est souvent perçue comme un événement triste, voire grave. La société nous montre toujours la relation d’une mère à sa fille comme un lien fort et indestructible, condition ultime de l’épanouissement personnel. Et toute la psychologie contemporaine va en ce sens, les premières questions que l’on se voit d’ailleurs poser quand on entame une thérapie rejoignant très souvent ce rapport à la mère. “À la base, c’est quand même la mère qui donne la tonalité de la relation mère-fille et qui en fait une relation d’amour ou non, de partage ou non. On voit souvent la relation mère-fille comme une relation de réciprocité mais ce n’est pas une relation équivalente, c’est la mère qui doit donner le ‘la’ de la relation”, explique Patricia Delahaie, autrice du livre La Relation mère-fille, les trois clés de l’apaisement. Alors que faire lorsque la note sonne faux, ou que la partition n’existe tout simplement pas? Loin d’être innée, la fibre maternelle s’avère compliquée, voire impossible à développer pour certaines femmes. De multiples facteurs conjoncturels (abus dans l’enfance, dépression, problèmes conjugaux, grossesse non désirée…) les empêche parfois de fournir à leur progéniture l’attention ou l’amour qu’elles méritent. Ce qui peut créer des dégâts sur le long terme.

Si on ne naît pas femme mais qu’on le devient, l’adage se transpose aussi à la maternité.

C’est le cas de Montserrat, 61 ans. “J’étais une fille cachée, illégitime. Ma mère n’a pas voulu de moi depuis le début et me l’a répété durant toute mon enfance. Elle a toujours dit que je n’aurais pas dû naître et que j’ai gâché sa vie, qu’elle regrettait de m’avoir gardée. J’ai été élevée chez les bonnes soeurs et ma grand-mère une grande partie de ma vie. Quand elle s’est remariée, elle a eu un enfant d’une deuxième union, et elle a toujours fait des différences entre moi et ma demi-soeur. Si je comprends qu’être une fille-mère à l’époque était compliqué, j’aurais aimé qu’elle remplisse sa fonction de mère.” Si on ne naît pas femme mais qu’on le devient, l’adage se transpose aussi à la maternité. Et parfois, le miracle tant attendu n’intervient pas, comme chez Nathalie, 50 ans: “Ma mère n’a jamais vraiment été très présente ou prévenante. Étant une grande dépressive, elle était souvent hospitalisée dans des hôpitaux psychiatriques et n’avait donc pas la disponibilité nécessaire pour m’encourager à grandir.” Sans mettre au pilori les “mauvaises” mères, ou idolâtrer celles qui correspondent à la définition qu’on veut bien donner aux “bonnes”, il est intéressant de reconsidérer l’importance que l’on accorde à cette relation et s’interroger sur ce qu’il nous coûte parfois de la maintenir. Doit-on toujours s’obstiner à conserver des bonnes relations avec sa mère?

 

Une relation primordiale, mais pas indispensable

Malgré son importance dans le développement de chacun·e, la relation mère-fille n’a pas toujours vocation à perdurer. Tout comme dans n’importe quelle autre relation interpersonnelle, il vaut parfois mieux couper court et ne pas se blesser davantage. “Une relation mère-fille est avant tout une relation humaine donc imparfaite. Il peut y avoir des moments de rejet, des moments de jalousie, des moments de fatigue mais aussi des moments d’amour, même dans les relations maltraitantes. C’est la durée qu’il faut prendre en compte. Une relation dont la couleur globale serait la jalousie ou la maltraitance est une relation toxique”, affirme Patricia Delahaie

Ma mère n’a jamais trop joué son rôle, enfant j’essayais toujours d’attirer son attention pour qu’elle soit fière de moi, sans jamais de résultats.

Si maman est plus marâtre que mère, il faut donc peut-être prendre ses jambes à son cou. C’est ce qu’a fait Nathalie, qui a décidé de couper les ponts avec la sienne alors qu’elle avait 44 ans. “Ce fut une accumulation de choses, puis il y a eu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ma mère n’a jamais trop joué son rôle, enfant j’essayais toujours d’attirer son attention pour qu’elle soit fière de moi, sans jamais de résultats. Puis un jour, se croyant mourante à cause d’un cancer il y a quelques années, elle m’a appris que mon père biologique, qui ne m’avait pas élevée, était toujours vivant. Un choc pour moi. J’ai coupé les ponts une première fois, puis j’ai voulu reprendre contact sous certaines conditions en demandant plus de bienveillance, et une autre déception m’a amenée à définitivement rompre le lien. Cette relation était devenue toxique pour moi.” Une décision qui, loin d’être une fatalité, se présente plutôt comme une libération, une façon de clôturer un chapitre douloureux. Comme chez Nathalie: “Ce fut une décision très facile. J’ai toujours vécu cette relation comme un poids. Je n’ai toujours pu compter que sur moi-même, et il n’y avait pas d’intérêt pour moi à faire perdurer ce lien. Je le vis très bien et je suis très heureuse comme ça. Ma famille, je me la suis construite autrement, avec mes propres enfants et des gens avec lesquels je n’ai pas forcément de liens du sang. Si, comme dans la chanson, on ne choisit pas ses parents ni sa famille, on peut quand même décider de reconstruire la sienne, autrement. Comme l’explique l’autrice Patricia Delahaie, “il existe heureusement d’autres figures maternelles et d’autres figures d’attachement, cela peut être les frères ou les soeurs, une tante qui fait le relais …”. De quoi soulager celles qui se situent à mille lieues de l’image d’Épinal.

Lou Mamalet


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