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Samin Nosrat: la cheffe qui rend la cuisine plus joyeuse et inclusive

Avec son best-seller Sel, gras, acide, chaleur, Samin Nosrat a réussi le pari de remettre de l’authenticité dans l’acte de cuisiner, prouvant qu’il ne suffit que de ces quatre éléments pour bien manger. Pour la sortie de son livre en France, on l’a rencontrée. 
Capture d'écran du générique de “Sel, gras, acide, chaleur” © Netflix
Capture d'écran du générique de “Sel, gras, acide, chaleur” © Netflix

Capture d'écran du générique de “Sel, gras, acide, chaleur” © Netflix


Retenez bien son nom: Samin Nosrat. Peu connue en France, c’est la cheffe et autrice culinaire d’origine iranienne qu’on ne présente plus de l’autre côté de l’Atlantique. À 38 ans, elle est devenue une figure notable du milieu très prestigieux de la gastronomie, adoptant une approche moderne où la transmission culinaire côtoie l’art de manier les ingrédients les plus simples. Fort de son succès, son ouvrage Sel, gras, acide, chaleur (Editions du Chêne), qui a remporté le prix James Beard (qui récompense le meilleur de la gastronomie dans tous les domaines), est devenu en 2018 une série documentaire en quatre épisodes, disponible sur Netflix. Celle qui dit vouloir être la “Martha Stewart irano-américaine” nous transporte au Japon, en Italie, au Mexique et dans son État d’origine, la Californie, pour découvrir et faire découvrir les techniques et joyaux culinaires locaux. De son expérience dans le restaurant Chez Panisse, alors qu’elle était encore étudiante à Berkeley, à son succès actuel, il n’y a qu’un pas ou presque. Elle n’a jamais perdu ce qui la rend unique, sa joie de vivre et sa verve qui détonnent dans cet univers souvent policé. À l’occasion de la sortie de son livre, qui vient d’être traduit en français, on en a profité pour lui poser quelques questions sur son approche, et sur le milieu culinaire qui est en train d’évoluer. Interview.

 

 

La gastronomie est de plus en plus visible dans les médias, au risque d’en oublier son essence, à savoir l’acte de cuisiner… C’est essentiel pour toi de revenir aux bases?

Oui. Je crois que le simple fait de cuisiner peut être un antidote puissant à tout ce qui fait que notre vie moderne nous éloigne de notre table à manger et de tout ce qui l’entoure. La triste réalité de notre époque, c’est qu’on se sépare de nos cultures traditionnelles -y compris la cuisine. Ce n’est plus vraiment une connaissance qui se transmet de génération en génération. Et ce que j’espère avec le livre, c’est qu’il puisse servir de canal pour distiller et transmettre cette connaissance à des personnes qui ne l’auraient peut-être pas reçue de leurs parents.

Dans ta série documentaire Netflix, il n’y pas de chef·fe·s très connu·e·s, ni de grands restaurants, juste des basiques. Pourquoi?

Parce que je pense que tout le monde peut s’identifier. Ils et elles ne sont pas impressionnant·e·s. Ils et elles inspirent et sont accessibles. Et vu que mon but est d’amener tout le monde dans la cuisine, je ne veux absolument pas que mon livre ou ma série documentaire communique l’exclusivité.

Il est aussi surprenant et agréable de te voir de bonne humeur et goûter tout ce que tu cuisines. C’est la meilleure manière d’être un·e meilleur·e cuisinier·e?

Merci! Je pense que la joie est en effet l’une des parties les plus importantes dans l’acte de cuisiner.

“Pouvoir goûter et apprécier toutes les différentes saveurs du monde est un privilège incroyable que personne ne devrait négliger.”

Tout ça en laissant une place importante aux femmes également, pourquoi? 

En tant que femme racisée moi-même, je ne me suis pas toujours sentie représentée dans le milieu de la gastronomie, ni dans les médias dédiés à ça. Donc maintenant que j’ai de la visibilité, des opportunités et cette superbe plateforme, c’est très important pour moi de l’utiliser pour amplifier les voix des personnes qui ne sont pas toujours représentées.

Tu voyages beaucoup et on peut voir que la cuisine du monde entier et les traditions qui l’entourent occupent une part importante dans ton approche. Est-ce que la cuisine occidentale devrait s’inspirer plus du reste du monde?

Complètement. D’abord, ma propre expérience culinaire trouve ses racines dans les traditions européennes, et j’en suis reconnaissante, mais le monde est vaste et s’arrêter là serait une erreur. Il y a tellement de choses à goûter, à apprendre, à comprendre. Je pense qu’il est très important pour les occidentaux de revoir ce que nous considérons comme une cuisine “classique”. D’une part, de nombreuses cuisines asiatiques et africaines sont antérieures à la cuisine occidentale et, d’autre part, la diversité est un atout. Pouvoir goûter et apprécier toutes les différentes saveurs du monde est un privilège incroyable que personne ne devrait négliger. Vous manquez énormément de choses si vous ne goûtez pas à tous les types de nourriture.

Récemment, le magazine Food&Wine a recruté Khushbu Shah, qui pense qu’on ne peut pas “séparer la nourriture de son identité”. Est-ce que tu penses que le milieu de la gastronomie devrait être plus intersectionnel, avec plus de femmes sur le devant de la scène?

Oui, je suis complètement d’accord avec Khushbu et je soutiens avec beaucoup d’enthousiasme les nombreuses femmes de couleur, intelligentes et éloquentes qui sont journalistes et critiques gastronomiques comme Tejal Rao, Priya Krishna ou Patricia Escácega. Plus nous apportons de points de vue différents à la critique de restaurants, plus les types d’expériences sont représentés.

Comment vois-tu le futur de la gastronomie?

Plus inclusif, c’est-à-dire, plus divers, plus favorable et plus excitant pour beaucoup plus de gens.

 Propos recueillis par Jennifer Padjemi


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Capture d'écran du générique de “Sel, gras, acide, chaleur” © Netflix  - Cheek Magazine
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Capture d'écran du générique de “Sel, gras, acide, chaleur” © Netflix  - Cheek Magazine
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Capture d'écran du générique de “Sel, gras, acide, chaleur” © Netflix  - Cheek Magazine
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