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Sara García Gross, militante féministe, se bat pour le droit à l'avortement au Salvador

Sara García Gross, une militante salvadorienne, a reçu le 9 janvier le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes pour ses actions en faveur de la dépénalisation de l’avortement au Salvador et en Amérique Centrale. La militante s’est construite auprès de grandes figures guerrilleras salvadoriennes pour embrasser aujourd’hui un féminisme intersectionnel. Rencontre.
© Fanny Evrard pour “Cheek Magazine”
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Au Salvador, l’avortement est totalement interdit et puni par la loi depuis 1997, même en cas de viol, de foetus non viable ou de danger pour la santé de la mère. Pire, les fausses couches peuvent aussi être considérées comme des avortements volontaires, qualifiés d’homicides aggravés au même titre que les interruptions volontaires de grossesse (IVG). Malgré les poursuites judiciaires des promoteurs de l’avortement dans le pays, Sara García Gross, 33 ans, a placé la lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps et de leurs droits reproductifs au coeur de sa vie. Son engagement lui a valu la remise du prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes le 9 janvier dernier, date anniversaire de la naissance de l’autrice du Deuxième sexe.

Sara García Gross naît, elle, en 1986, en pleine période de guerre civile au Salvador qui prendra fin en 1992. La féministe grandit dans une famille conservatrice “mais pas fondamentaliste” précise-t-elle d’emblée. Les fondamentalistes chrétiens de l’Opus Dei ou encore les évangélistes font en effet partie des plus virulents opposants actuels au droit à l’avortement dans le pays. “Mon cercle familial a été mon premier espace de contestation, où j’ai pu commencer à me construire grâce à des débats sur les droits des femmes. Aujourd’hui, même si mes parents ne partagent pas toutes mes idées et qu’ils avaient peur pour moi au début à cause de leurs souvenirs de la guerre civile, ils ont conscience de toutes les injustices que subissent les femmes poursuivies pour avoir avorté.” Sara García Gross suit des études de psychologie sociale à l’université, puis intègre une école de débats féministes, menée par la Asociación Mujeres por la Dignidad y la Vida (Ndlr: Association des femmes pour la dignité et la vie).

 

“Mon féminisme est intersectionnel”

L’association, créée en 1990, propose une formation féministe théorique, ainsi que des moyens d’actions concrètes en faveur des droits des femmes, en s’appuyant sur l’expérience des organisations des femmes guerrilleras, “invisibilisées” après les accords de paix de 1992. Pour Sara García Gross, le suivi de cette formation est un premier déclic: “C’est le moment où j’ai enfin pu mettre un nom sur les différentes oppressions que j’ai pu subir et que connaissent les femmes comme les violences sexuelles, les féminicides, l’avortement…

Ce qu’a connu la France dans les années 1970 autour de l’avortement, le Salvador est en train de le vivre.

La Salvadorienne se réfère également à des figures guerrilleras du Salvador et d’Amérique Latine: “J’ai beaucoup appris avec Morena Herrera à l’École féministe: c’est ma référente en terme d’outils féministes, tout comme Mélida Anaya Montes”, également connue sous le nom de Comandante Ana María. “Mon féminisme est intersectionnel, poursuit Sara García Gross, beaucoup de femmes qui avortent subissent des oppressions qui s’entrecroisent; ce sont souvent des femmes jeunes, pauvres, qui n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers les hôpitaux publics”, qui, au mieux ne pratiquent pas l’avortement par peur des sanctions pénales, au pire les dénoncent auprès des autorités.

 

Un collectif féministe pour soutenir les femmes accusées d’avortement

Puis surgit évidemment le nom de Simone de Beauvoir, qui publie Le Deuxième sexe en 1949 en France. “C’est un classique qui résonne encore aujourd’hui au Salvador, appuie Sara García Gross. Et la publication du Manifeste des 343 a été déterminante. Ce qu’a connu la France dans les années 1970 autour de l’avortement, le Salvador est en train de le vivre.” Simone de Beauvoir signe en effet le manifeste en 1971 pour secouer l’opinion publique sur la nécessité de dépénaliser l’IVG, puis soutient une mineure poursuivie pour avortement lors du “procès de Bobigny” en 1972.

L’association présente 17 demandes de grâce présidentielle en 2016,  pour autant de femmes condamnées pour avoir avorté.

Quarante ans plus tard, l’histoire se répète avec le “cas Karina”: alors que Sara García Gross suit la formation de Las Dignas, Karina, une jeune Salvadorienne, est condamnée à 30 ans de prison pour avoir accouché d’un bébé mort-né. Un réseau de soutien “Solidarias con Karina” s’organise et la jeune femme est libérée en 2009. “Ça a été un second moment-clé pour moi, raconte la jeune femme, cela m’a donné envie d’organiser moi aussi un collectif féministe.” Elle devient la coordinatrice exécutive de la Agrupación Ciudadana por la Despenalización del Aborto (Ndlr: Association citoyenne pour la dépénalisation de l’avortement), créée dans la foulée de la libération de Karina pour soutenir juridiquement les femmes accusées d’avortement, alerter l’opinion publique et faire inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution. L’association présente 17 demandes de grâce présidentielle en 2016,  pour autant de femmes condamnées pour avoir avorté. Puis, en 2018, la Agrupación obtient la libération de Teodora Vasquéz, condamnée à 30 ans de prison en 2008 pour une fausse couche.

Installée aujourd’hui en Argentine, Sara García Gross étudie en master des Droits de l’homme (et des femmes) pour approfondir ses connaissances et travailler sur  la contradiction juridique au Salvador entre “la surprotection d’une vie abstraite et la négation du droit à la vie concrète des femmes” voulant ou nécessitant un avortement. Elle poursuit en parallèle ses actions en multipliant les échanges avec les pays d’Amérique centrale et d’Amérique Latine.

Fanny Evrard 


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