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Elle a plaqué sa vie parisienne pour devenir agricultrice

Stéphanie Maubé était graphiste, elle est désormais éleveuse d’agneaux, de brebis et de moutons en Normandie. Passionnée par son métier et agricultrice engagée, elle cosigne le livre Il était une bergère et donne ainsi un visage à celles et ceux qui luttent au quotidien pour nourrir la population française. Interview.
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Pendant le confinement, vous avez eu la soudaine envie de quitter les espaces clos de la ville pour vous établir en néo-rurales au milieu des champs de blé, dans les jolies campagnes françaises? Ce rêve, Stéphanie Maubé l’a réalisé et le confinement a été pour elle une confirmation de son choix de vie. “Être confiné·e à la campagne est moins inhumain qu’en ville et produire de l’alimentation est un métier prioritaire car indéniablement vital pour l’humanité”, explique-t-elle avant d’ajouter: “J’ai obtenu la confirmation que produire avec de bonnes pratiques environnementales et du bon sens paysan est plus urgent que jamais. Nous constatons aussi tou·te·s que la nature finit toujours pas l’emporter sur l’arrogance humaine!”

Retour en arrière, bien avant la pandémie de Covid-19. Il y a quelques années, celle qui a grandi et vécu la majeure partie de sa vie à Paris, fait une rencontre déterminante lors d’un week-end en Normandie. L’impact est tel que la trentenaire décide alors de tout plaquer, son métier de graphiste et sa vie parisienne, pour s’installer dans le Cotentin afin d’y élever agneaux et moutons dans des prés salés. Convaincue de son destin, travailleuse acharnée, Stéphanie Maubé se heurte pourtant aux difficultés du métier -le dédale administratif, les tensions avec les locaux, les problèmes financiers. Elle les raconte dans Il était une bergère (Éditions du Rouergue), un livre que l’éleveuse co-signe avec le journaliste Yves Deloison. Un récit intime et incarné qui illustre un discours politique prônant des valeurs engagées pour l’humain et l’environnement. Rencontre avec une femme passionnée et déterminée à vivre de son métier.

 

Comment est né ce projet de livre en collaboration avec Yves Deloison?

J’ai rencontré Yves il y a quelques années dans le cadre d’un portrait pour L’Express. Nous sommes devenu·e·s ami·e·s et nous avons réalisé que nous défendions les mêmes valeurs mais de différentes manières. Lui, à travers son travail de journaliste et moi, à travers mon travail d’éleveuse. Ayant tous les deux beaucoup à dire sur le sujet, nous avons trouvé cohérent d’utiliser mon parcours comme support d’un discours qui pourrait être perçu comme rébarbatif. Parler d’agriculture comme de la Politique Agricole Commune peut devenir très vite soporifique! En passant par le prisme du parcours personnel, cela rend finalement le propos très universel. 

En lisant ton parcours, on a l’impression que c’est l’agriculture qui t’a menée à te politiser…

C’est vrai, avant, je n’étais pas du tout politisée ni engagée. J’étais quelqu’un d’assez égoïste et je ne militais que pour mon confort. En cela, la découverte de l’agriculture a été étonnante. Il a fallu que je monte au front pour me faire accepter en tant qu’agricultrice, en tant que femme, dans les prés salés, dans ma défense d’une race ancienne, du lien avec les animaux, de mon envie de ne pas les parquer dans un bâtiment et de les gaver de maïs et de soja… Chaque fois que je souhaitais défendre ma légitimité à travailler, ça devenait un combat militant. 

Est-ce la même chose concernant le féminisme?

Quand j’étais parisienne, je n’ai jamais été confrontée à du harcèlement ou au plafond de verre. On ne peut pas dire que les agriculteurs ont un problème avec la place des femmes, parce qu’elles sont là et acceptées mais, en revanche, elles ne sont jamais cheffes ou décisionnaires. Elles ne sont jamais seules. C’est en cela que mon arrivée était novatrice: je suis une femme qui travaille seule et non en couple. Je suis indépendante. C’est moi qui conduis mon tracteur, c’est moi qui le répare et je veux prouver que je peux tout faire: élever un enfant toute seule et mener à bien mon élevage. 

Soyez éclairé·e·s sur ce que vous mangez, essayez de comprendre la différence entre du foin, du maïs et du soja et de l’herbe.

Dans le livre, tu racontes toutes les difficultés administratives, économiques et relationnelles auxquelles tu fais face au quotidien. Qu’est-ce qui te fait rester?

J’ai la conviction que ma place est d’élever des moutons. Au début, je tenais en me disant: il faut que je leur montre que j’y arriverai, que c’est le métier que je veux faire, et que je resterai 30 ans s’il le faut pour prouver que ma place est ici. Au fur et à mesure, j’ai réalisé que j’avais la chance d’avoir une personnalité solide parce que j’avais la trentaine et que je n’étais pas influençable. Je me suis sentie alors responsable, un peu comme la grande sœur de toutes les autres personnes qui auraient peut-être envie de quitter Paris pour s’installer dans une exploitation. Je dois utiliser cette capacité à tenir pour offrir un renouvellement à l’agriculture, envoyer un feu vert aux administrations et autres agriculteur·rice·s et leur dire qu’ils n’ont pas le droit d’intimider un·e néo-rural·e qui s’intéresse à ces métiers. 

On apprend également dans ton livre que consommer de la viande peut-être politique…

C’est plus facile de convaincre les gens en leur disant: soit vous mangez de la viande soit vous n’en mangez pas. Le vrai discours réside dans le fait de dire: choisissez et informez-vous. Sur Internet, on peut télécharger tous les cahiers des charges de tous les labels rouges et de toutes les AOC. Soyez éclairé·e·s sur ce que vous mangez, essayez de comprendre la différence entre du foin, du maïs et du soja et de l’herbe. Il y a un acte militant mais généreux qui vise à encourager les consommateurs et consommatrices à s’informer et à ne pas se laisser retourner le cerveau par l’agriculture industrielle comme par le véganisme. Car défendre l’élevage tel que je le conçois, c’est aussi défendre le pâturage, la préservation de prairies diversifiées et de paysages ancestraux où l’on retrouve ruisseaux, insectes, abeilles et oiseaux. C’est, en plus de la valorisation d’un art de vivre, une façon de défendre la biodiversité qui n’existe pas dans les cultures rectilignes et uniformisées de l’agriculture industrialisée. 

Propos recueillis par Arièle Bonte


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