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Bienvenue dans la Supernana House, une maison girl power

Elles sont douze jeunes femmes, étudiantes, ou entre deux projets professionnels, et vivent ensemble dans une maison à Bagneux, en banlieue parisienne. Un colocation un peu particulière où, à la manière des hackers houses qui regroupent des entrepreneurs pour travailler sous le même toit, des femmes cohabitent afin de réaliser leurs ambitions, professionnelles ou personnelles.
© Clara Baillot pour Cheek Magazine
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Depuis l’impasse où elle se cache, la Supernana House ressemble à une forteresse. C’est une grande maison entourée par 1000 m2 de terrain, dans lequel on pénètre après avoir ouvert un lourd portail. Accrochée entre les arbres, une guirlande de ballons dégonflés semble souhaiter tant bien que mal la bienvenue aux visiteurs. 

Après avoir vécu une expérience de co-living -vivre et travailler à plusieurs dans le même logement- à San Francisco, Selvina Deguara, 23 ans, revient, avec dans ses bagages, cette envie de lancer un projet similaire, mais cette fois “pour donner toutes les chances aux femmes”. Elle cherche alors le lieu idéal et rencontre une famille qui peine à louer sa maison pendant un an, le temps de faire le tour du monde. “Ils ont adoré le projet, et c’était parti”; la Supernana House ouvre ses portes en juillet dernier.

C’est mon entreprise, ça fait un an et demi que je travaille sur le projet. Je n’aime pas dire que je suis la chef mais c’est mon bébé”, explique cette ambassadrice toute trouvée de la “start-up nation”. “Au début, l’idée était de réunir des entrepreneur·e·s et des personnes issues du milieu de la création, parce que je trouve qu’on n’est pas dans une société où l’on apprend à vivre les uns avec les autres, alors que ça nous tire vers le haut”, explique la jeune femme, agrippée à Blanche, stagiaire en ingénierie qui rêve de devenir tatoueuse. Finalement, les habitantes sont plutôt des étudiantes, certaines étrangères, et de jeunes actives, entre deux projets professionnels.

 

Vivre et se réaliser sous le même toit

Du loyer mensuel de 600 euros versé par chacune pour partager une chambre, Selvina Deguara ponctionne un pourcentage qui paye son salaire de cheffe de TPE. Charge à elle ensuite de tout mettre en œuvre pour que les habitantes de la maison trouvent des réponses à leur cheminement, professionnel et personnel.

Le mois dernier, elles ont par exemple passé une journée avec une troupe de théâtre pour réfléchir à la question du genre et de l’espace, et une soirée avec la fondatrice d’une association qui lutte contre les violences conjugales. Dans la salle à manger, un tableau recense aussi les compétences que les habitantes souhaitent partager: Gali propose d’enseigner des rudiments de montage vidéo, Daphné et Blanche veulent parler du bouddhisme tandis que Marion entend organiser un atelier sur le zéro déchet. En ce dimanche gris et pluvieux, elles ont prévu une “french party”, une raclette précédée d’un exposé sur la culture française à l’attention des étudiantes étrangères, Powerpoint à l’appui. 

Bienvenue dans la Supernana House, une maison girl power

© Clara Baillot pour Cheek Magazine

Des activités qui éveillent leur curiosité ou renforcent leurs intérêts, raconte Blanche: “Je savais que je n’aimais pas mes études, mais je me disais qu’il fallait faire avec. En arrivant ici, j’adorais déjà dessiner et je me suis rendu compte que ces petits rêves que j’avais dans ma tête pouvaient se concrétiser.” Après une rencontre avec une professionnelle à la Supernana House, elles se met à esquisser des tatouages pour ses camarades de la maison. Ce qui lui fait penser qu’une carrière est possible si elle laisse tomber l’idée de devenir ingénieure. 

 

“Certains s’imaginent que c’est la guerre, qu’on se bat en se lançant des tampons”

Toutes n’ont pas un projet en tête et certaines se cherchent encore. Comme Marion, 28 ans, qui après plusieurs mois passés en Nouvelle-Zélande, préfère s’installer dans cette location qui n’exige pas de fiches de salaires, le temps de rebondir. Au-delà de l’aspect pratique, c’est aussi ce côté “que des meufs” qui lui a plu. “J’aime cette atmosphère de sororité. On n’est pas forcément copines mais on reste hyper positives et bienveillantes”, explique-t-elle.

 

 

🏡Week-end chargé à la SNH ! Petite vidéo du workshop qui s’est déroulé samedi dans le jardin pour ceux qui auraient ratés les SupersStories.. 🙋🏻Daphné, notre Supernana Brune a organisé un atelier théâtrale sur le genre et l’espace avec son groupe de recherche. Au programme des petits ateliers : – prendre conscience des autres à travers des jeux de rôles -se raconter un évènement marquant (positif ou non) que nous avons vécu dans un lieu avec des hommes ( non non pas çà petite coquine 😂) Et pour finir en beauté, tout le monde s’est réuni pour une envolé lyrique de citations sur la condition féminine. 👯La « Machine » comme on l’a appelé c’est une manière d’occuper l’espace de façon poétique… Qui sait, peut-être que nous verrez bientôt crier à tue-tête «La vie est trop courte pour s’épiler la chatte » 😏! #womenempowerment #girlgang #girlsquad #coliving #supernanahouse #supernana

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Idem pour Audrey, cheffe de projet digital de 33 ans. “Ça m’arrange qu’il n’y ait pas d’hommes, ça change la dynamique, il y a plus d’entraide. On a vu la différence quand on a visité une hacker house. On avait moins ce sentiment d’être dans un ‘bouillon’, on trouvait que ça manquait de chaleur. Et il se trouve qu’il n’y avait pas de nana”, se souvient-elle.

Pour Amelia, Canadienne de 26 ans, cette cohabitation est politique. “C’est une révolte en soi d’être ici, de vivre entre femmes, dans une société où l’on nous apprend à se détester. Non, on ne se saute pas à la gorge! Rien que le fait que ça existe démonte pas mal de stéréotypes”, analyse-t-elle. “Ça surprend tellement les gens que tout aille bien, qu’on vive en harmonie”, renchérit Marion. Mi-amusée, mi-incrédule, elle raconte que “certains s’imaginent que c’est la guerre, qu’on se bat en se lançant des tampons”. Audrey, l’aînée de la maison, va plus loin: “Moi c’est pire que ça, quand je raconte à des amis où je vis c’est toute suite ‘ah mais vous formez un groupe anti-hommes’… Ça les inquiète qu’on se retrouve entre nous.

 

Un lieu de débat sur la condition des femmes

Pourtant il ne s’agit pas de bannir le sexe opposé mais de “pouvoir aller plus loin dans les discussions qui nous concernent. Pas besoin de devoir commencer par expliquer quel est le problème”, se défend Amelia. Le harcèlement de rue par exemple. Originaire de Vancouver, “j’ai complètement découvert ici ce qu’on appelle le ‘catcalling’: un mec m’a attrapé le bras dans la rue il y a quelques jours”, raconte-t-elle. “Alors que pour moi c’est le paradis ici!, contre-balance Julia, 21 ans, la Brésilienne. Chez moi, c’est difficile de sortir pour aller courir par exemple, les remarques sont incessantes. Il faut changer de trottoir pour ne pas passer devant les hommes, des voitures nous klaxonnent. Ici, je suis beaucoup moins sur la défensive.

Bienvenue dans la Supernana House, une maison girl power

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La Supernana House, lieu d’empowerment des femmes? On sent que le terme les fait tiquer. Elles ont déjà eu l’occasion d’en débattre un soir, installées dans leur salon aux fauteuils dépareillés, et ne semblent pas d’accord sur la définition à en donner. Certaines minimisent son importance dans la maison, mais Audrey objecte: “On a plus besoin d’aide en tant que femme, ce n’est pas facile de s’en sortir seule, c’est une évidence!

C’est pourquoi Selvina voudrait pérenniser le projet, “dans une maison plus grande, sur mesure”. Car au début de l’été, les propriétaires rentreront et il faudra quitter le nid. “C’est un lieu de transition, on sait qu’il y aura pour chacune un nouveau départ ensuite”, conclut Marion.

Clara Baillot 


2. Koun, l'ONG libanaise qui diffuse le yoga dans les camps de réfugié·e·s 

“Rendre le yoga accessible à ceux qui en ont besoin.” Une devise qui frappe dès la page d’accueil du site de Koun, l’ONG fondée par Sandy Boutros, jeune yogi libanaise qui compte bien amener le yoga au sein des communautés défavorisées.
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