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“Une dernière fois”, le premier long métrage porno et engagé d'Olympe de G

Olympe de G réalise son premier long métrage porno-érotique, Une Dernière fois, qui sera diffusé sur Canal+ ce samedi 6 juin, et met en scène la sexualité d’une sexagénaire, incarnée par Brigitte Lahaie, qui souhaite organiser la dernière fois qu’elle fait l’amour. 
Brigitte Lahaie dans “Une Dernière fois”, DR
Brigitte Lahaie dans “Une Dernière fois”, DR

Brigitte Lahaie dans “Une Dernière fois”, DR


Une Dernière fois n’est pas une production porno comme les autres. C’est d’abord un projet audacieux et féministe qui ressemble à sa réalisatrice, Olympe de G, ex-performeuse X et pornographe engagée à qui l’on doit entre autres l’excellent podcast “pour clitos audiophilesVoxxx. C’est aussi son tout premier long métrage et le premier film porno-érotique de Brigitte Lahaie depuis 1995. Et enfin, c’est un film porno qui aborde le sujet de la sexualité d’une sexagénaire en mettant le consentement en son centre.

Diffusé le 6 juin à minuit sur Canal+, Une Dernière fois s’intéresse à Salomé, 69 ans, -incarnée par Brigitte Lahaie-, qui a décidé de mettre fin à ses jours dans six mois. D’ici là, elle n’a qu’un souhait: organiser la dernière fois qu’elle fera l’amour. “Ça m’a intéressée de me pencher sur ce sujet de la sexualité féminine après 60 ans et de proposer un regard sensible, qui ne fétichise pas ces femmes et ne caricature pas leur plaisir, explique Olympe de G. J’ai trouvé ça à la fois passionnant et thérapeutique de lire sur le sujet, Betty Dodson, Benoîte Groult, Simone de Beauvoir… Comme une réconciliation avec mon futur moi, et avec ma future sexualité.

Pour ce premier long-métrage, un an et demi a été nécessaire pour que le projet voie le jour, “le temps d’écrire, de trouver ma productrice, Brigitte, des financements, etc.”, précise la réalisatrice, qui a toujours été très enthousiaste à l’idée de “pouvoir [s]‘atteler à un long métrage car ça me semble la forme idéale pour montrer que le cinéma porno est un cinéma comme les autres, qui peut aussi être beau, touchant, expérimental parfois”. En raison de “très fortes contraintes budgétaires”, le tournage a été bouclé en seulement 10 jours. Pour en savoir plus, on a posé quelques questions à Olympe de G. 

 

Un film porno écrit par deux femmes, ça change quoi selon toi? 

Ça change tout! Une Dernière fois est un film écrit par deux femmes, mais qui s’adresse à tous et à toutes (tant que vous avez plus de 18 ans!). Le porno est encore largement fait par les hommes, pour les hommes, selon les codes d’une masculinité traditionnelle et viriliste. Le résultat, c’est que cette expérience masculine, qui est très focalisée sur la multiplicité des conquêtes, sur la pénétration, sur des rapports de domination, est sur-représentée. C’est dommage à de multiples égards, et notamment parce que les femmes -qui consomment de plus en plus de porno ces dernières années- ne se reconnaissent pas forcément dans ce qu’elles voient sur les sites X. Ce qu’elles y trouvent manque d’histoires qui parlent de l’expérience féminine: des histoires de humping, d’orgasmes mammaires, de clito, de poils, de règles, de rapport pas si simple à son corps, de cunni, de stimulateur clitoridien, de lubrifiant par exemple! Et c’est dommage aussi pour les hommes cis hétéros qui s’enferment dans une méconnaissance de ce sexe qui est pourtant celui qui les attire. 

Nous sommes allées chercher dans nos expériences du corps, douloureuses ou jouissives, dans nos colères, dans nos fiertés, dans nos combats et dans notre intimité.

Dans le porno comme dans le cinéma en général, il me semble crucial de faire exister un regard féminin sur le corps et le plaisir des femmes. Avec Alexandra Cismondi, ma co-autrice, nous sommes allées chercher dans nos expériences du corps, douloureuses ou jouissives, dans nos colères, dans nos fiertés, dans nos combats et dans notre intimité. C’est comme ça qu’on peut aborder des sujets comme la peur de vieillir, là où elle se loge (non, spoiler alert, ce n’est pas dans le nombre de rides et de cheveux blancs!), et évoquer aussi en filigrane le bonheur de vivre sans faire passer sa vie romantique avant toute chose. C’est comme ça aussi qu’on peut mettre en scène l’idéal sexuel de rapports intimes qui ne sont pas des rapports de force, mais qui sont des échanges, pendant lesquels on communique explicitement et sincèrement sur ses désirs et ses limites. C’est comme ça qu’on peut montrer un plaisir moins phallocentré, où les clitoris s’en donnent à cœur joie. 

C’est la première fois depuis l’arrêt de sa carrière pornographique que Brigitte Lahaie joue de nouveau dans un film porno-érotique, as-tu eu du mal à la convaincre de faire partie du projet? 

Je ne cherche jamais à convaincre. Le rapport que chaque personne a à son corps, au sexe, est trop intime, et trop mouvant, pour que je me permette en tant que réalisatrice de discuter ou d’argumenter si la personne en face de moi a la moindre réticence. Donc non, je n’ai pas eu à convaincre Brigitte Lahaie.

Pourquoi ce choix? 

Je cherchais une actrice pour le rôle principal qui soit aussi à l’aise avec la nudité et l’érotisme, qu’avec la comédie à proprement parler. Une femme bien dans son corps et bien dans son sexe, et qui pourrait par sa maîtrise du jeu faire passer l’émotion que je souhaitais que Salomé communique. J’ai contacté Brigitte sans trop y croire. Au-delà d’être une icône de l’âge d’or du porno français, cette femme est une perle rare. J’aime tout ce qu’elle évoque, ce porno libre des années 70. Et surtout, j’aime qu’elle ne l’ait jamais renié. Elle œuvre depuis toute jeune à la libération sexuelle des femmes d’une façon qui n’appartient qu’à elle, par ses films, par ses livres, et à la radio. Le féminisme qui est le sien n’est pas toujours semblable au mien, et justement, ce dialogue entre deux féminismes, deux époques du porno, deux générations de femmes m’intéressait. Pour toutes ces raisons, je lui ai écrit et j’ai eu l’excellente surprise que le projet lui parle. Pendant le tournage, Brigitte m’a répété plusieurs fois à quel point elle espérait que notre film allait faire du bien aux femmes de son âge. 

Dans le film, on voit toutes sortes de corps, des corps âgés et jeunes, blancs et noirs, valides, non valides: à quel point l’inclusivité est-elle un passage obligé pour toi dans un projet comme celui-ci? 

Quand je regarde un porno, j’aime être surprise. J’aime qu’on m’emmène là où je ne m’y attendais pas. Que ça m’excite ou pas n’est même pas le sujet. Je trouve que la vocation première du porno et de l’érotique, c’est de représenter de multiples facettes du plaisir sexuel, de nous faire voyager dans tout ce que peut être la sexualité humaine. Alors quand je réalise, j’ai aussi très envie d’emmener les gens là où ils n’ont pas l’habitude d’aller. J’ai envie de montrer la beauté là où on ne nous a pas appris à aller la chercher. C’est pour ça que j’essaie de montrer les corps qu’on ne montre pas, ou trop peu. Et que je m’attache à déjouer les stéréotypes sexistes, âgistes, validistes, racistes, et j’en passe! J’espère aider à élargir grandement de ce que l’on trouve “sexy”. J’espère que les gens se diront: “C’est vrai que je ne me serais pas vu·e avoir de relation sexuelle avec une personne en fauteuil… C’est super con, en fait!” Ou bien: “Moi qui associais la beauté féminine à la minceur, je me suis pris une sacrée claque, Sandra est sublime!” Ou encore: “Je n’aurais pas pensé qu’un homme qui aime les femmes pourrait les séduire en dansant lentement, maquillé, devant elles. Et si je tentais?!

Se concentrer sur le plaisir féminin, c’était une volonté de ta part? 

Oh que OUI. On ne le voit encore que trop peu. Je suis convaincue qu’il faut plus que jamais filmer, écrire, travailler sur le plaisir féminin et continuer à le démystifier. Merci Odile Buisson, merci Betty Dodson, merci Martin Page, merci Annie Sprinkle, merci Clarence Edgard-Rosa d’avoir montré la voie. Le plaisir féminin n’a rien de mystérieux ni de honteux. Il y a toute une génération de femmes qui, depuis quelques années, prend en charge cette nouvelle éducation sexuelle féminine sur les réseaux sociaux à l’instar de Orgasme et Moi, Jouissance Club ou Clit Revolution.

Il est temps de représenter des clitoris, de parler vulves et techniques de masturbation, d’éduquer à l’expression du consentement.

On nous a tellement dit, en tant que femmes, que c’était honteux d’avoir du désir, et de prendre du plaisir autrement que par un pénis qui nous pénètre… Nos clitos ont été censurés dans les manuels scolaires, on nous a fait croire que la première fois doit faire mal, et on nous a même appris à nous habiller de certaines façons pour ne pas être agressées… Quelle violence! Stop. Il est temps de parler de désir et de plaisir féminins de façon positive, et de représenter des clitoris, de parler vulves et techniques de masturbation, d’éduquer à l’expression du consentement, etc. Ma contribution à ce grand mouvement de réappropriation de nos corps et de nos sexualités consiste à réaliser des scènes de sexe qui sont “clito-centrées”. Dans Une Dernière fois, la scène de sexe ne commence pas par l’érection d’un pénis et ne se termine pas par son éjaculation: on vit le plaisir du côté de la vulve. Le clitoris est léché, caressé, titillé, massé, stimulé par un vibro… c’est lui la star! 

Le consentement est aussi très présent tout au long du film, les partenaires se demandent mutuellement si ça leur plaît, de quoi ils ont envie, s’ils prennent du plaisir, etc. Tu y as pensé tout au long du tournage ou ça s’est fait naturellement? 

La question du consentement est cruciale pour moi. Je l’avais en tête au moment de l’écriture du scénario, du casting, du tournage, mais aussi du montage. En écrivant les dialogues avec Alexandra, c’était important pour moi qu’il y ait de la communication verbale entre les personnages pendant le sexe. On montre trop souvent des partenaires sexuel·le·s qui se taisent dès que la tension érotique grandit. En tant que réalisatrice de porno, je ressens une vraie responsabilité à faire la démonstration qu’un consentement explicite est sexy, fluide et naturel. Les actes sexuels représentés dans Une Dernière fois sont donc négociés à l’écran, entre les personnages. 

Pour ce film, nous avons mis en place un poste de coordinatrice d’intimité.

Ensuite, en coulisses, nous avons aussi repensé et formalisé le processus de négociation du consentement entre les acteurs et actrices. Avec mon partenaire Karl Kunt, nous avons créé un formulaire de consentement très complet, qui rappelle que tourner dans un porno peut être stigmatisant, énonce les droits des performers selon l’Adult Performer Advocacy Committee et Intimacy Directors Int. UK., récapitule de façon très précise les actes sexuels inclus dans le script du film, permet aux performers d’indiquer précisément, grâce à des schémas, les parties de leurs corps qu’ils et elles veulent bien montrer à l’image, et celles qu’ils et elles préfèrent qu’on ne touche pas. Enfin, nous avons aussi mis en place un poste de coordinatrice d’intimité. Lélé O a endossé ce rôle crucial: elle a proposé à chaque membre du casting des entretiens en amont du tournage et s’est rendue disponible pour les performers à tout moment, afin qu’ils et elles puissent lui soumettre leurs hésitations ou inquiétudes. Elle était présente lors du tournage de chaque scène intime, afin que chacun et chacune puisse lui faire signe discrètement si besoin.

Propos recueillis par Julia Tissier 


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Brigitte Lahaie dans “Une Dernière fois”, DR  - Cheek Magazine
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